JSIC 2025 : Le Prof. Appolinaire AGBLO plaide pour une refondation scientifique du coaching

Société Civile Médias
4 min : Temps de lecture

(Société Civile Médias) – Le coaching est aujourd’hui partout : dans les entreprises, le sport, l’enseignement et même au cœur de la vie quotidienne. Mais derrière cette expansion rapide, sa scientificité reste largement questionnée. C’est ce défi que le Prof. Hippolyte Appolinaire AGBLO, expert en philosophie du développement et en psychologie sociale, a choisi d’aborder lors de la première journée des Journées Scientifiques Internationales du Coaching (JSIC 2025). Dans une intervention dense et argumentée, il a interrogé les fondements du coaching, ses limites méthodologiques et éthiques, et les voies possibles pour en faire un véritable champ scientifique.

D’emblée, le Prof. Agblo a rappelé combien le coaching a envahi l’espace social contemporain.

« Le coaching est présent partout, dans l’entreprise, dans le sport, à l’université, jusque dans la vie quotidienne. Il s’est imposé comme un outil moderne de transformation personnelle et professionnelle », a-t-il affirmé. Mais derrière cette expansion rapide, il voit une faiblesse persistante : le manque de clarté conceptuelle. Selon lui, le coaching reste « un objet aux contours mouvants, difficile à définir, un concept polysémique qui se prête à toutes les approximations ».

le Prof. Hippolyte Appolinaire AGBLO lors de sa communication.

Cette instabilité terminologique freine, selon le professeur, la reconnaissance du coaching comme discipline académique. Il note que si des formations, des mémoires universitaires et des publications existent, « le champ n’est pas encore suffisamment structuré pour prétendre à une véritable scientificité ». Ce retard, poursuit-il, s’explique autant par l’absence d’un socle théorique solide que par l’insuffisance de recherches empiriques fondées sur des méthodes rigoureuses.

- Advertisement -

Lire aussi : JSIC 2025 / Dr Tamegnon YAOU : « Les coachs doivent cesser de se comporter comme des charlatans »

Le Prof. AGBLO a également pointé la tension permanente entre les impératifs du marché et les exigences de la science. Pour lui, l’essor commercial du coaching, non encadré dans plusieurs pays, a favorisé la multiplication de pratiques disparates et parfois douteuses.

« Quand une profession se développe plus vite que ses fondements, elle devient vulnérable. Le coaching n’échappe pas à cette règle », a-t-il averti. Il appelle dès lors à une professionnalisation plus stricte, reposant sur des normes, des standards de formation et une déontologie clairement définie.

Sur le plan scientifique, le conférencier a insisté sur les défis méthodologiques que pose l’étude du coaching. Mesurer son efficacité demeure complexe, tant les interventions varient selon les individus, les contextes et les objectifs. Les effets eux-mêmes, souvent multidimensionnels, résistent aux évaluations classiques.

« Le coaching est une expérience, un processus relationnel qui combine subjectivité, comportement, cognition et environnement. Il ne peut être étudié comme une simple technique », a-t-il expliqué. Pour lui, seules des approches méthodologiques mixtes, croisant données qualitatives et quantitatives, permettront un jour de produire des connaissances stables et cumulatives.

L’éthique constitue un autre chantier essentiel. Le professeur a rappelé que la relation coach–coaché implique une forte asymétrie, pouvant ouvrir la voie à des abus, notamment lorsque les praticiens ne disposent pas d’une formation solide ou s’aventurent dans des domaines réservés aux psychologues.

« Le coaching doit s’outiller de garde-fous. Sans éthique, il perdra toute crédibilité », a-t-il insisté.

Pour autant, le Prof. AGBLO se veut optimiste. Il estime que le coaching possède un potentiel réel pour devenir un véritable champ scientifique, à condition de renforcer son assise théorique et de clarifier ses méthodes. Selon lui, l’avenir passe par une meilleure modélisation des processus, une articulation plus nette avec les sciences humaines (psychologie, pédagogie, sociologie) et une réflexion sur la manière dont les technologies numériques et l’intelligence artificielle pourront transformer la pratique.

« Le coaching a besoin d’un savoir qui s’accumule, d’un corpus qui se discute et se vérifie. C’est à cette condition qu’il deviendra une discipline et non une simple mode », a-t-il résumé.

En conclusion, le professeur a salué l’initiative des JSIC, qu’il voit comme une plateforme stratégique pour impulser cette transformation, surtout en Afrique où le coaching connaît un développement rapide mais encore peu encadré. Pour lui, le continent a l’occasion de bâtir un modèle original, adapté à ses réalités socioculturelles, tout en respectant les exigences universelles de la démarche scientifique.

« Les JSIC ouvrent un espace unique pour interroger nos pratiques, confronter nos savoirs et construire progressivement une science du coaching. L’enjeu dépasse la profession, il touche à la qualité de l’accompagnement offert aux citoyens », a-t-il conclu.