(Société Civile Médias) – Engagée dans la valorisation du beurre de karité local, l’association Yokoumi Togo œuvre à la structuration d’une filière karité portée par les femmes, fondée sur les principes de justice sociale, de durabilité et de résilience. À travers son projet intitulé « KBio-FeRa Togo » (Karité Bio, Femme Rurale Togo), l’organisation s’inscrit résolument dans cette dynamique. Soutenue financièrement par le projet FAME (Féminismes : Actions et Mobilisation pour une Économie inclusive), cette initiative ambitionne de promouvoir l’entrepreneuriat collectif des femmes rurales, de faciliter leur accès aux ressources productives et à l’innovation technique, tout en accompagnant la transition écologique des modes de production.
Le projet « KBio-FeRA Togo », rappelons-le, ambitionne de répondre à des problématiques structurelles majeures qui entravent le développement de la filière karité, tant sur le plan de la qualité que de l’organisation.
En effet, l’absence d’un système de contrôle interne rigoureux se traduit par des insuffisances qualitatives, notamment un taux d’acidité élevé du beurre de karité, rendant ce dernier peu compétitif sur les marchés internationaux.

Par ailleurs, la faible structuration des femmes impliquées dans la collecte et la transformation constitue un frein à la production d’amandes et de beurre répondant aux standards requis. Les collectrices, souvent peu formées, peinent à garantir une qualité constante des amandes, tandis que les transformatrices ne disposent ni d’un cadre organisationnel adéquat, ni d’équipements adaptés pour assurer l’efficacité et la conformité des processus de production.
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Destiné à 300 femmes collectrices et transformatrices, réparties en trois pôles de 100 bénéficiaires chacune, le projet poursuit trois objectifs principaux.
Le premier objectif vise à renforcer l’organisation et la structuration des activités des femmes productrices et collectrices.
« À cette fin, le projet prévoit la mise en place de trois pôles féminins spécialisés, destinés à encadrer les activités de collecte et de transformation des noix de karité en amandes certifiées biologiques. Cette approche vise à permettre une meilleure organisation du travail des femmes, une mutualisation des ressources et une amélioration de la traçabilité de la production », explique Leoncia ADEDJE, responsable financière de l’association et assistante en charge du projet ainsi que de la qualité des produits.
A noter que les trois pôles de traitement des noix de karité ont été mises en place dans trois villages, notamment Sessaro, Hezoude et Goubi.
Le deuxième axe d’intervention porte sur la réduction de la pénibilité du travail et l’amélioration de la productivité. Pour y parvenir, le projet entend motoriser certaines étapes clés du processus de transformation, notamment la torréfaction, la mouture et le barattage. Cette mécanisation partielle contribuera non seulement à accroître le rendement et la qualité du beurre produit, mais également à alléger la charge physique pesant sur les femmes, améliorant ainsi leurs conditions de travail au quotidien.

Enfin, le troisième objectif est d’ordre environnemental : il s’agit de réduire la consommation de biomasse et de promouvoir des alternatives énergétiques durables.
« Actuellement, la transformation de 25 tonnes de beurre de karité par an repose sur l’utilisation intensive de combustibles bois, entraînant une forte pression sur les ressources forestières. Le projet prévoit d’expérimenter une solution alternative de recyclage des déchets pour l’alimentation énergétique des équipements de cuisson et électriques. En parallèle, l’utilisation du digestat comme fertilisant naturel sera encouragée pour renforcer la productivité agricole des productrices », fait savoir Leoncia ADEDJE.
Par ailleurs, l’accès à une eau propre et conforme aux exigences des certifications reste un enjeu majeur pour la production de beurre de karité. Pour ce faire, le projet prévoit l’amélioration des infrastructures hydrauliques sur les sites de production. Ce qui permettra de garantir la qualité du produit, de sécuriser le processus de transformation et de réduire les risques sanitaires pour les productrices et les consommatrices.
Lancement officiel du projet et remise de matériels
Les activités du projet KBio-FeRA Togo ont été officiellement lancées le 20 juin 2025 dans la localité de Hezoude, située dans la Région Centrale. La cérémonie de lancement, marquée par la présence de personnalités locales, a offert une plateforme d’échange et d’information pour les bénéficiaires et participants, autour des objectifs du projet, de ses innovations, de ses résultats attendus et des modalités de mise en œuvre.
L’événement a également été l’occasion de valoriser les actions déjà entreprises par l’association Yokoumi dans la filière karité à Hezoude, démontrant un ancrage local fort et une continuité d’engagement.
Les partenaires techniques et financiers du projet, l’ONG GERES, l’Agence Française de Développement (AFD) et l’association Yokoumi, ont été chaleureusement remerciés pour leur soutien.

Un temps fort de la cérémonie fut la remise officielle de matériels de collecte aux femmes collectrices de la localité. Ces équipements comprenaient des marmites, bassines, bottes, bâches et une balance de pesée, symbolisant un pas concret vers l’amélioration des conditions de travail et la valorisation de la filière karité.
Le projet FAME, il faut le rappeler, est une initiative portée par un consortium international, piloté par l’ONG GERES, et déployée sur une durée de quatre ans. Il est mis en œuvre dans dix pays répartis sur quatre grandes régions du monde : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord, l’Asie du Sud et l’Amérique latine.
Au Togo, comme ailleurs, les bénéficiaires ciblées sont principalement des organisations féministes, avec une attention particulière portée aux femmes, aux personnes LGBTQIA+ et aux organisations de la société civile féministes issues des Suds. L’objectif central du projet est de renforcer l’autonomisation économique, le pouvoir d’agir et la reconnaissance sociale de ces groupes, en leur apportant un soutien adapté à leurs contextes locaux et à leurs réalités structurelles.


