Togo – CSU/AMU : Poursuite des dialogues communautaires dans la commune d’Agoè Nyivé 2

Société Civile Médias
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(Société Civile Médias) – Entamé le lundi 22 décembre dans la commune de Golfe 7, le processus de dialogue communautaire initié par le Consortium UONGTO – RAS+Togo, en vue de favoriser une meilleure compréhension et une mise en œuvre plus efficace de la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), s’est poursuivi le 29 décembre dans la commune d’Agoè-Nyivé 2. Cette rencontre a offert un cadre d’échanges aux acteurs locaux, leaders communautaires et représentants de la société civile, qui ont plaidé pour davantage de souplesse et d’adaptations dans les mécanismes d’adhésion, de cotisation et d’accès aux soins, afin de mieux prendre en compte les réalités socioéconomiques des populations, notamment les plus vulnérables.

Conseillers municipaux, personnel exécutif de la commune, responsables religieux, autorités coutumières et traditionnelles, autorités sanitaires locales et de l’action sociale, membres de comités villageois de développement (CVD) et de comités cantonaux de développement (CCD) ont participé à cette rencontre axée sur le thème « La couverture sanitaire universelle, la redevabilité sociale, le mécanisme d’engagement de la société civile sur la CSU à l’horizon 2030 ». L’objectif est de contribuer à renforcer leur engagement dans la mise en œuvre effective, transparente et participative de la Couverture Sanitaire Universelle au Togo à travers l’information, la sensibilisation et la redevabilité sociale.

« Il y a beaucoup d’informations que nous n’avions pas »

Des échanges entre le Consortium UONGTO – RAS+Togo et les participants à la rencontre, il ressort que de nombreuses zones d’ombre demeuraient autour du concept de la Couverture sanitaire universelle (CSU) de façon générale, ainsi que concernant les informations relatives à la mise en œuvre de l’Assurance maladie universelle (AMU) au Togo en particulier.

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Koffi Gligbe, Conseiller municipal à la Mairie Agoè-Nyivé 2.

« Nos populations entendent certes parler de ces notions, mais n’en maîtrisent pas pleinement les contours. Peu de personnes savent concrètement comment en bénéficier, et certaines n’en ont même jamais entendu parler. Cette rencontre d’échanges intervient donc à un moment opportun, en ce qu’elle a permis de lever une partie des zones d’ombre qui persistent encore autour de ces mécanismes », estime Koffi Gligbe, Conseiller municipal à la Mairie Agoè-Nyivé 2.

Dans la continuité de ce constat, la rencontre s’est voulue avant tout pédagogique et interactive, offrant aux leaders d’opinion et aux conseillers municipaux un cadre d’échanges approfondis autour de la CSU. Elle avait pour objectif de renforcer leur niveau de compréhension des principes, des mécanismes et des enjeux liés à cette réforme, afin de consolider leur rôle de relais communautaires crédibles au sein de leurs différentes communes.

Dans le détail, les discussions ont principalement porté sur la CSU et l’Assurance maladie universelle (AMU), présentées comme des réformes structurantes engagées par l’État togolais en vue d’améliorer l’accès équitable des populations aux soins de santé. Les participants ont d’abord été édifiés sur le concept même de la CSU, ses objectifs fondamentaux et sa portée, avant qu’un accent particulier ne soit mis sur l’AMU et sur le dispositif opérationnel retenu pour sa mise en œuvre progressive au Togo.

Une attention particulière a été accordée à l’Assurance maladie universelle des travailleurs non salariés (AMU-TNS), un volet stratégique visant à intégrer progressivement les acteurs du secteur informel, notamment les artisans, commerçants, agriculteurs et autres travailleurs indépendants, au système de protection sociale. À cet égard, les principes directeurs de l’AMU, tels que la solidarité nationale, l’équité, la mutualisation des risques et la protection financière des populations face aux dépenses de santé, ont été largement expliqués.

Les échanges ont également permis d’apporter des clarifications sur les conditions d’accès à l’Assurance maladie universelle, ainsi que sur les mécanismes d’identification, d’enregistrement et d’adhésion des bénéficiaires, en particulier dans le cadre de l’extension de la couverture aux travailleurs non salariés. Les modalités pratiques relatives au montant des cotisations, aux démarches administratives à entreprendre et aux prestations couvertes par l’AMU ont aussi été présentées afin de favoriser une meilleure appropriation du dispositif par les communautés.

Au-delà des aspects techniques liés à la CSU et à l’AMU, la rencontre a par ailleurs abordé la question de la redevabilité sociale, considérée comme un pilier essentiel pour garantir l’efficacité, la transparence et la durabilité du système. Les participants ont ainsi été sensibilisés au droit et à la capacité des citoyens à demander des comptes aux institutions chargées de la gestion de l’AMU, ainsi qu’au rôle que peuvent jouer les organisations communautaires et associatives dans une interpellation constructive des structures concernées, en vue de contribuer à l’amélioration continue des services offerts aux bénéficiaires.

Des propositions pour que l’AMU s’élargisse à tous

Pour les acteurs locaux présents lors du dialogue, l’Assurance maladie universelle (AMU) constitue indéniablement une initiative salutaire, en ce qu’elle vise à garantir l’accès aux soins de santé à l’ensemble des Togolais. À ce titre, ils ont unanimement salué sa mise en place et exprimé leur reconnaissance au gouvernement togolais pour cette avancée majeure en matière de protection sociale.

Toutefois, tout en réaffirmant leur adhésion au principe et aux objectifs de l’AMU, ces acteurs estiment que, pour en assurer le bon fonctionnement et une appropriation effective par les populations, certaines conditions méritent d’être revues par les autorités compétentes. Ils plaident notamment pour davantage de souplesse dans les modalités d’application, en particulier en ce qui concerne l’Assurance maladie universelle destinée aux travailleurs non salariés (AMU-TNS).

Pour Togbui gbemou, chef du village de Zovadjin, représentant le Chef canton, la contribution de 10 000 Fcfa mensuel demandée aux travailleurs non-salariés est trop élevée.

Togbui gbemou, chef du village de Zovadjin, représentant le Chef canton.

« Les populations traversent actuellement une période particulièrement difficile. Dans notre localité, aussi bien les activités agricoles que commerciales connaissent un net ralentissement. Dans ces conditions, réunir chaque mois la somme de 10 000 FCFA s’avère extrêmement contraignant. Afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier de cette initiative, il est impératif que ces contributions soient revues à la baisse pour être mieux adaptées aux réalités socio-économiques que vivent les populations. À défaut, une frange importante d’entre elles risque d’en être exclue », indique-t-il.

Revendeuse au marché de Legbassito, Mme Hamdiatou s’est engagée à relayer auprès de ses consœurs commerçantes les informations reçues sur l’AMU et à les sensibiliser à la pertinence d’une adhésion à ce mécanisme. Elle a néanmoins attiré l’attention sur la nécessité de réexaminer le montant de la contribution mensuelle exigée.

Mme Hamdiatou, Revendeuse au marché de Legbassito.

« Au marché, nous, commerçantes, faisons face à de plus en plus de difficultés en raison de la faiblesse des ventes. Dans un tel contexte, le paiement d’une cotisation mensuelle de 10 000 FCFA au titre de l’AMU nous paraît particulièrement ardu. Nous sollicitons donc des autorités compétentes une révision à la baisse de ce montant, afin qu’il soit fixé à un niveau accessible à toutes. ».

Par ailleurs, le conseiller municipal Koffi Gligbe suggère aux autorités la mise en place, au sein des communes, de points focaux dédiés à l’enrôlement à l’AMU, en vue de rapprocher davantage ce dispositif des populations et d’en faciliter l’accessibilité.

Photo de famille

A noter que ces dialogues communautaires se situent dans le cadre de la mise en oeuvre du « Projet de renforcement de la société civile sur la couverture sanitaire universelle (CSU), la redevabilité sociale, le mécanisme d’engagement citoyen et le plaidoyer pour la création d’un cadre de concertation et de suivi-participatif de la mise en œuvre de la CSU ainsi que de l’augmentation du financement domestique de la santé au Togo ». Ce projet est appuyé par le Programme de renforcement de la société civile pour la promotion de la liberté d’association et de réunion au Togo (PRO LAR UE), financé par l’Union Européenne.