INTERVIEW / JEAN-CHARLES SOSSOU : «L’entrepreneuriat agroécologique est un levier essentiel pour transformer nos systèmes alimentaires»

Société Civile Médias
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(Société Civile Médias) – Entre préservation de l’environnement, valorisation des savoirs locaux et création d’opportunités économiques, l’entrepreneuriat agroécologique s’impose progressivement comme un levier de transformation des systèmes alimentaires. Dans cette interview, Jean-Charles Sossou, Directeur exécutif de l’association Eco-Impact, décrypte les défis auxquels font face les agripreneurs et explique comment l’agroécologie peut contribuer à bâtir des systèmes alimentaires plus résilients et souverains. Lecture !

Société Civile Médias : Jean-Charles Sossou, en tant que spécialiste en agroécologie évoluant sur le terrain depuis plusieurs années, comment définissez-vous l’entrepreneuriat agroécologique dans le contexte togolais ou ouest-africain ?

Jean-Charles Sossou : L’Entrepreneuriat agroécologique obéit aux mêmes lois que l’Entrepreneuriat Agricole. Cependant, l’entrepreneuriat agroécologique épouse d’autres valeurs que sont la protection de l’environnement, la préservation de la santé des consommateurs, le respect des valeurs morales ainsi que l’équité. C’est une activité qui prend en compte les dimensions agroécologiques (les 13 principes agroécologiques) suivant les chaines de valeurs.

Jean-Charles Sossou, spécialiste en agroécologie et Directeur exécutif de l’association Eco-Impact.

Quelles sont, selon vous, les spécificités et les atouts de ce type d’entrepreneuriat par rapport à l’agriculture conventionnelle ?

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L’entrepreneuriat agroécologique est une stratégie d’entreprise agricole visant à accroître la valeur pour la société (emploi, santé, éducation, culture, droits de l’homme, etc.), l’environnement et/ou l’entreprise. Il s’agit d’une manière holistique de faire des affaires agricoles. Elle permet de mobiliser les ressources et la diversité alimentaires locales afin de nourrir autrement les territoires.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les entrepreneurs agroécologiques aujourd’hui ?

Les entrepreneurs agroécologiques, ou agripreneurs, ainsi que les agriculteurs, sont confrontés à de nombreuses difficultés allant des conditions météorologiques extrêmes aux contraintes économiques, sans oublier l’accès limité à des marchés équitables. Au-delà de ces défis bien connus dans les zones rurales du Togo, la compréhension des réalités auxquelles font face les agripreneurs permet d’identifier des pistes de solutions durables et des opportunités au niveau des marchés locaux ou territoriaux. Parmi les obstacles évoqués figurent notamment les difficultés d’accès au financement, aux ressources nécessaires à la production ainsi qu’à des formations de qualité.

Ici, des entrepreneurs agroécologiques évoluant dans la culture de l’ananas bio.

À ces contraintes s’ajoutent également les défis liés à la tarification des produits agroécologiques. Dans les zones rurales comme urbaines, la différenciation des prix entre les produits issus de l’agroécologie et ceux issus de l’agriculture conventionnelle reste difficile à faire accepter sur les marchés. Cette situation est accentuée par la forte concurrence de produits non agroécologiques, parfois subventionnés et souvent importés ou transformés hors du cadre local, ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre des producteurs dans la fixation de leurs prix.

Par ailleurs, d’autres facteurs structurels compliquent la situation des agripreneurs. Le niveau élevé d’analphabétisme chez certains producteurs limite leur capacité à calculer correctement les coûts de production et à fixer des prix justes pour leurs récoltes, les obligeant parfois à s’aligner sur les tarifs observés sur les marchés en plein air. Le manque de sensibilisation des consommateurs à la souveraineté alimentaire et aux bénéfices sanitaires des produits agroécologiques constitue également un frein à leur valorisation.

Les difficultés logistiques ne sont pas en reste. Bien que la périssabilité des produits ne soit pas en soi un problème majeur, l’absence d’infrastructures de stockage adéquates contraint souvent les paysans à vendre rapidement leurs récoltes, souvent à des prix dictés par le marché au moment de la récolte. À cela s’ajoute la multiplicité des intermédiaires, qui disposent généralement de meilleurs moyens de transport et de conservation que les producteurs eux-mêmes. Cette situation leur permet d’imposer des prix d’achat relativement bas, sans toujours tenir compte de la valeur agroécologique des produits.

En quoi l’entrepreneuriat agroécologique peut-il contribuer à une transformation durable de nos systèmes alimentaires ?

L’entrepreneuriat agroécologique repose sur une vision holistique qui prend en compte à la fois les dimensions économique, environnementale, sociale et sanitaire. Il vise à concilier la production durable d’aliments sains et à forte valeur nutritionnelle avec la préservation de la santé des consommateurs, la protection des écosystèmes et le développement de systèmes alimentaires plus durables. Cette approche constitue ainsi une véritable opportunité de transformation à tous les niveaux de la chaîne de production et de valeur.

Ici des femmes entrepreneures agricoles pratiquant le maraîchage agroécologique.

Dans cette dynamique, l’agroécologie contribue d’abord à la préservation de l’environnement et à la gestion durable des ressources naturelles. À travers des pratiques respectueuses des sols et de la biodiversité, elle favorise la régénération des terres et des écosystèmes fragilisés. Les entrepreneurs agroécologiques encouragent notamment l’utilisation de semences paysannes, d’engrais organiques, de biofertilisants et de bioprotecteurs, limitant ainsi le recours aux intrants chimiques de synthèse et réduisant leurs impacts sur l’environnement et la santé. Ces pratiques participent à la construction de systèmes alimentaires plus résilients face aux changements climatiques et à la dégradation des terres.

L’agroécologie constitue également un levier d’innovation et de diversification économique. Elle ouvre la voie au développement de bio-intrants, à la transformation agroalimentaire locale, à l’émergence de communautés de pratiques ou encore à des mécanismes de certification alternative, comme les systèmes participatifs de garantie. L’utilisation des énergies renouvelables dans la production et la transformation des produits s’inscrit aussi dans cette dynamique. En diversifiant les produits bruts et transformés, les entrepreneurs agroécologiques contribuent à dynamiser les marchés locaux et territoriaux, tout en rendant les communautés moins vulnérables aux chocs économiques et climatiques.

Sur le plan social et économique, l’entrepreneuriat agroécologique favorise également l’autonomisation des producteurs. Il crée des opportunités d’emplois et améliore les revenus, en particulier pour les jeunes et les femmes qui jouent un rôle important dans les chaînes de valeur agricoles. L’inclusion de ces acteurs dans l’agriculture et l’agroalimentaire responsables apparaît essentielle pour stimuler l’économie locale et régionale, tout en renforçant la résilience des communautés face aux crises économiques.

Au-delà de ces aspects, l’entrepreneuriat agroécologique contribue aussi à une transformation plus globale des systèmes alimentaires. Il encourage la coopération entre producteurs, transformateurs, consommateurs, collectivités et organisations de la société civile, favorisant ainsi des systèmes alimentaires plus équitables, inclusifs et participatifs. En tant que mouvement, il plaide également pour l’amélioration de l’environnement politique en faveur de l’agroécologie et de la justice sociale.

Dans cette perspective, la transformation durable des systèmes alimentaires passe avant tout par un changement de mentalités et de pratiques. L’agroécologie offre en effet un potentiel important pour répondre aux défis actuels, en proposant des solutions innovantes, inclusives et adaptées aux réalités locales.

Pour exploiter pleinement ce potentiel, il apparaît essentiel de développer des communautés de pratique favorisant les échanges entre agriculteurs, chercheurs, transformateurs et consommateurs. Le renforcement des capacités, la formation et l’encouragement des innovations, notamment chez les jeunes, sont également des leviers importants. Le développement des circuits courts et des marchés territoriaux constitue enfin une opportunité majeure pour améliorer l’accessibilité des aliments sains aux consommateurs, tout en créant des emplois et en renforçant l’autonomisation économique des communautés locales.

Journée portes ouvertes des entrepreneurs agroécologie à Kpalimé.

Quelles stratégies mettez-vous en place pour renforcer votre positionnement stratégique sur ce marché encore émergent ?

Nous menons des actions de sensibilisation visant à soutenir les systèmes culturaux endogènes et à promouvoir les pratiques agroécologiques. Dans cette dynamique, nous organisons également des formations et offrons des appuis-conseils aux producteurs sur les techniques de production, de transformation ainsi que de commercialisation et de distribution, notamment à travers le développement de circuits courts afin de renforcer les dynamiques locales.

Par ailleurs, nous accompagnons les producteurs dans le renforcement de leurs capacités pour améliorer les rendements tout en réduisant les coûts de production, dans le but de faciliter la disponibilité et l’accessibilité d’une alimentation saine pour tous. Nos actions portent aussi sur la structuration des acteurs et la mise en relation des différents maillons de la chaîne de valeur afin d’améliorer durablement leurs revenus.

Jean-Charles Sossou formant des femmes sur la pratique de l’agroéologie.

Enfin, nous développons des initiatives de Système Participatif de Garantie (SPG), un mécanisme fondé sur un référentiel commun de principes agroécologiques, fortement ancré dans les réalités et les dynamiques territoriales.

Quel lien faites-vous entre notre identité culturelle et la souveraineté alimentaire ?

En toute chose, il est essentiel de se poser une question fondamentale : « Qui sommes-nous ? Qui suis-je ou qui es-tu ? ». Cette interrogation nous ramène à nos origines, à notre culture et à nos valeurs. Elle permet de mieux comprendre notre identité, car chacune de nos actions trouve ses racines dans nos croyances, nos traditions et notre héritage. L’identité d’un peuple ne se limite pas à un nom ; elle repose aussi sur la mémoire collective, les savoirs et les savoir-faire transmis par les générations.

L’agriculture elle-même porte cette dimension culturelle. Étymologiquement, le mot renvoie à la terre et à la culture, c’est-à-dire aux traditions et aux pratiques qui relient les communautés à leur environnement. Cultiver la terre n’est donc pas seulement une activité économique ; c’est aussi un acte culturel qui témoigne du lien profond entre l’homme, la nature et son histoire.

Dans cette perspective, il devient essentiel de transmettre ces valeurs aux jeunes générations en les formant aux systèmes alimentaires durables et en valorisant les savoirs et savoir-faire endogènes. Se doter de connaissances permet de mieux comprendre les enjeux, d’assumer pleinement son rôle et de défendre ses convictions. Cela implique également de travailler ensemble, dans un esprit de solidarité et de synergie, pour préserver ce qui constitue notre richesse collective.

Faire honneur à notre terre passe aussi par la défense des systèmes alimentaires locaux, de la souveraineté alimentaire et semencière paysanne, ainsi que des droits des producteurs. En effet, celui qui contrôle les semences contrôle en grande partie l’alimentation et, par conséquent, notre mode de vie. D’où l’importance de s’interroger sur ce que nous consommons, en particulier sur les aliments et les semences qui viennent de l’extérieur.

Aujourd’hui, une grande partie des semences est contrôlée par de grandes firmes. Face à cette réalité, il devient nécessaire de se reconnecter à nos réalités locales et de promouvoir une agriculture qui nous ressemble, une agriculture ancrée dans nos valeurs, nos traditions et la sagesse de nos communautés.

Pensez-vous que la redécouverte de nos pratiques agricoles traditionnelles peut jouer un rôle dans la construction de systèmes alimentaires plus résilients ?

Il est aujourd’hui nécessaire de déconstruire certaines connaissances et perceptions qui ne correspondent pas toujours à nos réalités. Cela implique notamment de remettre en question certains stéréotypes selon lesquels l’agroécologie ne serait pas efficace. Pourtant, plusieurs études ont montré que le modèle de la révolution verte présente des limites importantes et qu’il a parfois engendré plus d’impacts négatifs que de bénéfices, notamment sur l’environnement, la santé et les systèmes agricoles locaux.

L’enjeu ne se limite donc pas à produire davantage, mais à produire de manière saine et durable, tout en préservant l’équilibre des écosystèmes, la santé des populations et celle de l’environnement. Pendant longtemps, certaines pratiques agricoles traditionnelles ont été dévalorisées, au point que beaucoup de personnes ont grandi en pensant que leurs propres méthodes ou savoirs étaient dépassés. Cette situation a contribué à une forme d’acculturation qui a affecté la conscience collective.

Ici, des pratiques agricoles traditionnelles.

Face à ce constat, il devient essentiel de changer de discours, de valoriser les pratiques locales et de montrer par l’exemple que des alternatives durables existent. Le développement d’une véritable conscience écologique passe ainsi par la reconnaissance, la valorisation et la pérennisation des connaissances endogènes.

Le continent africain dispose d’une richesse naturelle et culturelle exceptionnelle, caractérisée par une grande diversité de plantes alimentaires et de cultures locales. À cela s’ajoute l’élevage, qui constitue un élément essentiel des systèmes alimentaires diversifiés. En plus de contribuer à la fertilisation des sols, il représente également une forme de sécurité pour les communautés face aux difficultés économiques et aux aléas climatiques.

Comment l’agroécologie peut-elle réconcilier modernité et traditions agricoles locales ?

L’agroécologie offre une opportunité de restaurer et de valoriser les connaissances traditionnelles liées à l’agriculture. Elle se présente comme une approche agricole à la fois écologiquement durable et socialement juste, qui place au cœur de ses principes la santé des sols, des semences et des ressources en eau.

La compréhension et la mise en pratique de l’agroécologie reposent largement sur l’expérience et la vision des agriculteurs eux-mêmes. C’est pourquoi les connaissances dans ce domaine se construisent de manière collective, à partir des réalités locales et des savoirs partagés entre acteurs, aussi bien au niveau des communautés qu’à l’échelle du continent africain.

Dans cette logique, l’agroécologie vise à régénérer les bases écologiques indispensables à la production alimentaire. Elle promeut des sols sains et fertiles, une gestion durable de l’eau, ainsi que la valorisation de variétés végétales adaptées et diversifiées. Elle encourage également la diversité des cultures, notamment à travers les systèmes de polyculture, tout en limitant le recours aux engrais chimiques et aux pesticides de synthèse. En mobilisant les savoirs ancestraux, elle contribue ainsi à renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux changements climatiques.

Le respect des systèmes agricoles traditionnels, la capacité à produire et à consommer des aliments sains, nutritifs et sûrs doivent donc constituer les fondements de notre agriculture et de notre autonomisation. Cependant, pour y parvenir, il est nécessaire de surmonter les défis existants, de faire preuve d’indépendance, de courage et de conviction afin de promouvoir des pratiques agricoles cohérentes avec nos valeurs et nos réalités.

Quelles actions menez-vous pour revaloriser les savoir-faire locaux dans vos activités ?

La diffusion des connaissances et des compétences au niveau local est essentielle pour assurer la reproductibilité et le développement durable des innovations agricoles. L’accès à l’information et à des formations pratiques favorise en effet l’adoption par les agriculteurs de méthodes d’agriculture régénérative et de pratiques agroécologiques adaptées à leurs réalités.

Formation pratiques des entrepreneurs et paysans et groupes de coopératives sur la production et l’utilisation des Phosphites à Kuma

Dans cette perspective, nous organisons régulièrement des séances de sensibilisation et des formations axées sur le transfert de compétences en techniques agroécologiques. Nous mettons également en place des espaces de développement des compétences en entrepreneuriat vert, ainsi que des cadres d’échanges et de partage de connaissances destinés aux jeunes et aux producteurs. Ces initiatives prennent notamment la forme d’ateliers « paysans à paysans », qui permettent aux agriculteurs d’apprendre les uns des autres et de valoriser leurs expériences. L’objectif est de favoriser un déploiement à grande échelle de l’agroécologie, dans un esprit de collaboration et de recherche du bien commun.

Cette démarche s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de transformation des systèmes alimentaires et d’adaptation aux changements climatiques. Elle vise notamment à garantir un accès durable aux ressources naturelles, à accélérer la transition des agriculteurs vers l’agroécologie et à renforcer les capacités des producteurs et des agripreneurs, notamment en matière de gestion post-récolte, de conservation et de commercialisation.

Par ailleurs, l’initiative met l’accent sur le renforcement de chaînes d’approvisionnement équitables, la création de marchés solides pour les produits agroécologiques et la promotion de régimes alimentaires sains. Elle encourage également l’inclusion sociale, en accordant une attention particulière aux femmes, aux jeunes, aux petits exploitants agricoles et aux groupes vulnérables. Dans le même temps, elle soutient le développement de mécanismes de financement adaptés, la promotion de modèles économiques inclusifs, notamment à travers les circuits courts et les systèmes participatifs de garantie (SPG).

Formation pratique des jeunes entrepreneurs et paysans sur la production et l’utilisation des biofertilisants (bokashi) à Kuma

Les actions portent également sur le renforcement de l’environnement politique et de la gouvernance en faveur de l’agroécologie, le développement de systèmes d’information sur les marchés agricoles, ainsi que la promotion de solutions durables telles que l’utilisation de sacs biodégradables. Un accent particulier est aussi mis sur l’alphabétisation et l’apprentissage populaire, notamment à travers des programmes destinés aux femmes et aux jeunes filles rurales déscolarisées.

Enfin, la sensibilisation et la communication autour des avantages socio-économiques et environnementaux de l’agroécologie demeurent essentielles. Informer à la fois les producteurs et les consommateurs contribue à encourager l’adoption de pratiques agricoles durables, tout en favorisant la consommation de produits sains. Dans cette dynamique, le renforcement du réseautage entre acteurs et le développement des compétences en négociation et en commercialisation pour les agripreneurs constituent également des leviers importants pour dynamiser les systèmes alimentaires locaux.

En quoi le consommateur togolais (ou africain) peut-il contribuer à cette reconquête de souveraineté alimentaire à travers ses choix alimentaires ?

De récentes données montrent que le commerce intra-africain ne représente qu’environ 15 % des échanges, contre près de 80 % pour les échanges avec l’Union européenne. Par ailleurs, les importations alimentaires sur le continent sont estimées à plusieurs millions de dollars chaque année. Ces chiffres illustrent l’urgence de renverser cette tendance afin de créer davantage de richesse pour les États africains et pour les communautés locales, notamment en valorisant les productions locales et les marchés régionaux.

Dans ce contexte, les consommateurs ont également un rôle important à jouer. Ils ont le droit d’accéder à une alimentation saine, durable et respectueuse de leur santé. Être en bonne santé commence en effet par une alimentation de qualité, elle-même liée à la santé des sols. Un sol sain produit des aliments sains, qui contribuent à nourrir et à préserver la santé des populations. C’est dans ce sens que certains parlent d’« alicaments », c’est-à-dire des aliments qui ont aussi des vertus bénéfiques pour la santé.

Atelier partique : formation des jeunes entrepreneurs sur la valorisation (transformation) des fruits et légumes (jus, purée, nectar , séché…) à Kpalimé

Il devient donc essentiel d’encourager la consommation de produits locaux, issus de l’environnement et des réalités culturelles des populations. Cette orientation contribue à la construction de systèmes alimentaires plus résilients et durables. Elle suppose également une vigilance accrue quant à l’origine des aliments consommés, en privilégiant ceux dont la provenance est connue et qui respectent les équilibres naturels.

L’Afrique dispose en effet d’un patrimoine agricole et alimentaire particulièrement riche, avec de nombreux produits locaux présentant un fort potentiel de transformation et de valorisation, seuls ou à travers des combinaisons harmonieuses favorables à une alimentation bénéfique pour la santé.

À long terme, l’enjeu est de bâtir des systèmes alimentaires durables et résilients pour les communautés. Dans cette perspective, l’organisation Eco-Impact porte la vision d’un monde où les communautés sont épanouies et éco-responsables. Sa mission consiste à contribuer, à travers la recherche-action, au développement durable des communautés à la base. Au cœur de cet engagement se trouve la promotion d’un système régénératif capable de générer des impacts socio-économiques positifs tout en préservant et en régénérant les ressources environnementales.

Atelier partique : formation des jeunes sur la valorisation des fruits et légumes en jus, nectar , purée , légumes séché.

Cette vision repose notamment sur la préservation durable de la fertilité des sols, la promotion d’une production agricole saine et responsable, le développement de l’économie circulaire et le renforcement de politiques publiques favorables à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire, dans une démarche inclusive qui implique l’ensemble des citoyens à travers des modes de production et de consommation durables.

Quels partenariats ou appuis estimez-vous nécessaires pour faire émerger un écosystème agroécologique fort et durable ?

Il est essentiel de renforcer la volonté politique et l’engagement des différents acteurs afin de créer un environnement favorable au développement de systèmes alimentaires durables. Cela passe notamment par la mise en place de politiques publiques qui prennent en compte la dimension bio-culturelle de l’agriculture, afin de soutenir la réappropriation de notre identité, la valorisation des savoirs locaux et la promotion de la consommation de produits locaux.

Dans cette dynamique, il devient également important d’institutionnaliser les questions liées à la santé et à l’alimentation, tout en encourageant et en dynamisant les initiatives locales. La structuration des acteurs, notamment au niveau des communautés, constitue un levier essentiel pour renforcer les systèmes alimentaires et réduire les situations de dépendance, en particulier en ce qui concerne les intrants agricoles essentiels tels que les semences, les biofertilisants et les bioprotecteurs.

L’enjeu est aussi d’agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’aux consommateurs finaux, afin de construire un système cohérent et durable. Toutefois, au-delà des discours, ce sont des actions concrètes et coordonnées qui permettront d’atteindre ces objectifs. Le progrès de cette vision dépendra en grande partie de la capacité des acteurs à travailler en synergie et à inscrire leurs actions dans une dynamique collective et durable.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat agroécologique aujourd’hui ?

C’est de ne pas se limiter ou de rester passif, mais de s’engager pleinement. Mais avant tout, il doit comprendre et maîtriser les bases et les principes de l’agroécologie. L’entrepreneuriat agroécologique n’est pas une option, il constitue un levier essentiel pour bâtir des systèmes alimentaires durables et générer des impacts positifs sur les communautés et l’environnement.