INTERVIEW / Gunjan Veda (MCLD) : « Les communautés doivent être au cœur des programmes de développement »

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(Société Civile Médias) – « Les communautés doivent être au cœur des programmes de développement. » C’est la conviction défendue par Gunjan Veda, représentante du Secrétariat mondial du Mouvement pour le Développement piloté par les communautés (MCLD). En marge de la formation internationale des formateurs sur l’outil DPC/CLD, organisée à Lomé du 19 au 22 octobre 2026, elle revient sur les objectifs et l’utilité de cet outil d’évaluation participative. Dans cette interview, elle explique comment il permet de mesurer le degré d’implication des populations dans les initiatives de développement, d’identifier les obstacles à leur participation et de renforcer leur capacité à prendre part aux décisions qui les concernent. Elle évoque également les compétences que les participants à cette formation devront acquérir pour diffuser cette approche dans leurs pays respectifs. Lecture !

Société Civile Médias : En quoi consiste l’outil CLD et que permet-il d’évaluer concrètement dans une communauté ?

GUNJAN Veda : L’outil d’évaluation participative du développement piloté par les communautés (CLD) a été conçu avec la contribution de plus de 100 personnes du monde entier. Il vise à nous aider à comprendre comment les communautés vivent les programmes de développement. Grâce au dialogue avec les populations, il permet d’évaluer le degré de participation et d’appropriation communautaires d’un programme, tout en identifiant les pistes d’amélioration. C’est avant tout un outil d’apprentissage.

Il remplit plusieurs fonctions. Pour les organisations, il permet de repérer les aspects à améliorer afin de rendre leurs interventions davantage centrées sur les communautés. Il aide également à comprendre comment les différents membres d’une communauté vivent un programme et y participent.

Nous savons en effet que les communautés ne sont pas homogènes. Elles sont composées de personnes et de groupes différents, qui n’ont pas nécessairement les mêmes expériences ni les mêmes possibilités de participation. L’outil permet donc de comprendre comment ces différents groupes contribuent à un programme et en bénéficient.

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Il peut aussi aider les communautés à demander des comptes aux organisations. Il leur permet de mieux comprendre leurs droits, les modalités de participation à un programme et les responsabilités qu’elles sont en droit d’attendre des organisations.

Enfin, cet outil est également utilisé par les pouvoirs publics, notamment les collectivités locales. Il leur permet de vérifier dans quelle mesure les programmes mis en œuvre associent réellement les communautés et de comprendre comment celles-ci les vivent. Voilà, en substance, à quoi sert cet outil.

Comment cet outil permet-il de déterminer si une communauté participe réellement aux décisions et s’approprie les initiatives de développement qui la concernent ?

L’outil repose essentiellement sur une série de questions structurées autour de neuf dimensions du développement piloté par les communautés.

La première dimension concerne la participation, l’inclusion et l’expression. Nous cherchons notamment à savoir qui fait partie de la communauté, qui participe au programme et quelles sont les activités menées par les uns et les autres. Nous examinons également qui conçoit le programme, qui décide de sa mise en œuvre, selon quelles modalités et qui détermine sa fin. La communauté est-elle réellement impliquée dans ces différentes étapes ?

Pour répondre à ces questions, nous engageons un dialogue avec les membres de la communauté. Nous cherchons à comprendre s’ils se sentent concernés par le programme, s’ils ont le sentiment d’y apporter leurs propres ressources et s’ils y participent librement ou si leur contribution leur est imposée. Car, dans ce dernier cas, il ne s’agit pas d’une véritable appropriation.

On s’approprie un projet lorsqu’on estime qu’il nous tient à cœur et qu’on souhaite contribuer à sa réalisation en mobilisant les moyens nécessaires.

L’outil nous aide donc à engager une réflexion collective avec les communautés. Il est utilisé auprès de différents profils, aussi bien les personnes qui participent activement au programme que celles qui n’y prennent pas part. Ces dernières sont particulièrement importantes, car elles nous permettent de comprendre pourquoi certains groupes sont exclus, qui peut faire entendre sa voix et qui ne le peut pas.

Il s’agit ainsi d’un outil fondé sur le dialogue et la réflexion collective, qui permet de mieux comprendre les dynamiques de participation au sein des communautés.

À l’issue de cette formation, quelles compétences les participants auront-ils acquises pour utiliser l’outil et former d’autres acteurs dans leurs pays respectifs ?

Il s’agit d’une formation de formateurs. Les participants sont déjà des facilitateurs expérimentés. L’objectif n’est donc pas de leur apprendre à animer des séances, mais de leur faire découvrir et maîtriser une nouvelle méthodologie : celle de la construction collective du sens.

Concrètement, je ne vais pas simplement leur expliquer ce qu’est le développement piloté par les communautés. Nous partons plutôt de leur propre compréhension de cette approche, puis nous posons des questions et menons différentes activités pour approfondir collectivement l’analyse.

L’objectif est qu’ils apprennent à utiliser une méthodologie d’interprétation lorsqu’ils appliquent l’outil CLD ou animent des formations dans leurs pays. Il s’agit de s’appuyer sur les connaissances et les expériences existantes pour les enrichir collectivement, plutôt que d’imposer une définition toute faite du développement communautaire.

À l’issue de cette formation, les participants devraient avoir une compréhension plus approfondie du développement piloté par les communautés, de ses mécanismes, des facteurs qui le favorisent, mais aussi des difficultés et des obstacles qui peuvent entraver sa mise en œuvre.

Car même si cette approche est essentielle pour favoriser un développement durable et réellement porté par les populations, sa mise en pratique n’est pas toujours facile. Les participants repartiront donc avec des repères méthodologiques et des outils pour mieux appréhender ces difficultés.

Ils auront également acquis une meilleure maîtrise de l’outil CLD et de son utilisation. En tant que formateurs, ils pourront transmettre cette méthodologie à d’autres acteurs, en favorisant une démarche fondée sur le questionnement, le dialogue et la construction collective des connaissances, plutôt que sur une approche traditionnelle consistant à expliquer simplement ce qu’est le développement communautaire.

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INTERVIEW / Gunjan Veda (MCLD) : “Communities must be at the heart of Development programmes”

“Communities must be at the heart of development programmes.” This is the conviction championed by Gunjan Veda, a representative of the Global Secretariat of the Movement for Community-Led Development (MCLD). On the sidelines of the international Training of Trainers on the Community-Led Development (CLD) Assessment Tool, held in Lomé from 19 to 22 October 2026, she discusses the objectives and value of this participatory assessment tool. In this interview, she explains how it helps assess the level of community involvement in development initiatives, identify barriers to participation, and strengthen people’s ability to take part in decisions that affect them. She also outlines the skills participants are expected to acquire during the training to help promote this approach in their respective countries. Read on !

What is the Community-Led Development (CLD) Assessment Tool, and what does it actually assess within a community ?

The Community-Led Development (CLD) Assessment Tool was developed with contributions from more than 100 people from around the world. Its purpose is to help us understand how communities experience development programmes. Through dialogue with community members, it assesses the extent to which they participate in and take ownership of a programme, while also identifying areas for improvement. Above all, it is a learning tool.

It serves several purposes. For organisations, it helps identify aspects of their work that need improvement so that their interventions can become more community-centred. It also helps them understand how different members of a community experience and participate in a programme.

We know that communities are not homogeneous. They comprise different individuals and groups, who do not necessarily share the same experiences or have the same opportunities to participate. The tool therefore helps us understand how these different groups contribute to a programme and benefit from it.

It can also help communities hold organisations accountable. It enables them to better understand their rights, how they can participate in a programme, and what responsibilities they are entitled to expect organisations to fulfil.

Finally, the tool is also used by public authorities, particularly local governments. It enables them to assess the extent to which the programmes they implement genuinely involve communities and to understand how those communities experience them.

That, in essence, is what the tool is designed to do.

How does the tool determine whether a community is genuinely involved in decision-making and takes ownership of the development initiatives that affect it ?

The tool is essentially based on a set of structured questions organised around nine dimensions of Community-Led Development.

The first dimension focuses on participation, inclusion and voice. We seek to understand who belongs to the community, who participates in the programme, and what activities different individuals and groups undertake. We also examine who designs the programme, who decides how it is implemented, how these decisions are made, and who determines when the programme should come to an end. Is the community genuinely involved at each of these stages?

To answer these questions, we engage in dialogue with community members. We seek to understand whether they feel that the programme concerns them, whether they believe they are contributing their own resources, and whether their participation is voluntary or imposed. If their contribution is imposed, then it cannot be considered genuine ownership.

People take ownership of a project when they feel that it matters to them and genuinely want to contribute to its success by mobilising the resources available to them.

The tool therefore helps us facilitate collective reflection with communities. It is used with people from different backgrounds, including those who actively participate in the programme and those who do not. The latter are particularly important because they help us understand why certain groups are excluded, who is able to make their voices heard, and who is not.

It is, therefore, a tool based on dialogue and collective reflection that helps us gain a better understanding of participation dynamics within communities.

By the end of this training, what skills will participants have acquired to use the tool and train other stakeholders in their respective countries ?

This is a Training of Trainers programme. The participants are already experienced facilitators. The objective is therefore not to teach them how to facilitate sessions, but to introduce them to and help them master a new methodology: collective meaning-making.

In practical terms, I will not simply explain what Community-Led Development is. Instead, we begin with the participants’ own understanding of the approach. We then ask questions and carry out various activities to deepen our analysis collectively.

The aim is for them to learn how to use an interpretation methodology when applying the CLD Assessment Tool or conducting training sessions in their own countries. The approach builds on existing knowledge and experience and enriches them through collective learning, rather than imposing a predefined understanding of community development.

By the end of the training, participants should have a deeper understanding of Community-Led Development, how it works, the factors that support it, as well as the challenges and barriers that can hinder its implementation.

Although this approach is essential to promoting sustainable development that is genuinely driven by communities, putting it into practice is not always easy. Participants will therefore leave with methodological guidance and tools to help them better understand and address these challenges.

They will also have gained a stronger command of the CLD Assessment Tool and how to use it. As trainers, they will be able to share this methodology with other stakeholders, promoting an approach based on questioning, dialogue and the collective construction of knowledge, rather than the traditional model of simply explaining what community development means.