Réadaptation, accessibilité : Le CICR mobilise les acteurs pour une meilleure inclusion des personnes handicapées

Société Civile Médias
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(Société Civile Médias) – Au Togo, les personnes en situation de handicap peinent encore à accéder aux services de réadaptation et aux technologies d’assistance indispensables à leur autonomie, alors même que la Convention relative aux droits des personnes handicapées engage les États parties à garantir l’accès effectif à ces services essentiels. Une situation que le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) s’emploie à transformer. À l’avant-garde de la promotion de l’accessibilité grâce à son Programme de réadaptation physique (PRP), l’organisation multiplie les initiatives pour permettre aux personnes en situation de handicap de retrouver leur mobilité. Dans le cadre des 50 ans du CICR au Togo et en collaboration avec la Fédération Togolaise des Associations de Personnes Handicapées (FETAPH), elle a organisé, le 10 décembre 2025 à Lomé, une conférence-débat autour du thème : « Agir pour l’inclusion : Réadaptation, Accessibilité et Dignité ».

Table d’honneur lors de l’ouverture officielle de la conférence-débat.

La rencontre a réuni des experts du domaine de l’accès aux services de réadaptation, dans le but de sensibiliser le public aux enjeux cruciaux que représente cette problématique. Elle a permis de mettre en lumière les défis persistants auxquels font face les personnes en situation de handicap, tout en stimulant la réflexion pour améliorer leur accès aux services essentiels et réduire les risques de pauvreté, de violence, de négligence ou de marginalisation au sein de leurs communautés. La conférence-débat a également été l’occasion d’identifier des pistes de solutions concrètes concernant l’accessibilité des bâtiments et l’intégration des services de réadaptation dans l’Assurance maladie universelle (AMU).

Santé et handicap, des inégalités persistantes

La conférence-débat a permis aux participants d’échanger autour de trois sous-thèmes.

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Le premier, consacré aux « inéquités en matière de santé pour les personnes handicapées », a offert un cadre de réflexion sur les obstacles structurels, sociaux et économiques qui limitent encore l’accès équitable aux soins, ainsi que sur les mécanismes à mettre en place pour garantir une prise en charge inclusive et adaptée aux besoins spécifiques des personnes en situation de handicap.

Ici, le panel consacré aux « inéquités en matière de santé pour les personnes handicapées »

Des échanges issus de ce premier panel, il ressort que bien que le système de santé togolais dispose d’une organisation relativement structurée en matière de soins de réadaptation, permettant notamment la présence d’au moins un spécialiste dans la majorité des hôpitaux, le dispositif demeure insuffisant pour répondre de manière adéquate et équitable aux besoins de l’ensemble des personnes nécessitant des services de réadaptation.

En cause, notamment, la faible proximité des services spécialisés. Selon le Chef division des soins de réadaptation et des établissements privés, les populations résidant loin des établissements hospitaliers rencontreraient des difficultés d’accès aux soins et des services de réadaptation. Au-delà de la question géographique, le coût élevé des soins de réadaptation constitue un autre obstacle de taille. « Ces soins sont très coûteux », a-t-il insisté.

le Chef division des soins de réadaptation et des établissements privés.

Par ailleurs, celui-ci a pointé l’absence d’un mécanisme de référence communautaire efficace. Une lacune qui, selon lui, limite considérablement la coordination des soins et l’orientation précoce des personnes vers des services de réadaptation adaptés.

Le Chef division des soins de réadaptation et des établissements privés  a proposé plusieurs pistes de solution pour réduire les inégalités d’accès aux soins de réadaptation. Il a notamment insisté sur la nécessité d’intégrer les besoins en soins et en réadaptation dans les plans de développement communautaire, afin de rapprocher les services des populations.

Il a également appelé à renforcer les mécanismes d’orientation au sein du système de santé, permettant une prise en charge de proximité et un suivi efficace des patients dans leurs communautés. Le Chef division des soins de réadaptation et des établissements privés a aussi pointé l’urgence d’une meilleure répartition des ressources humaines spécialisées, actuellement trop concentrées dans le Grand Lomé.

Qu’en est-il de l’accessibilité financière aux services de réadaptation ?

Tel était le deuxième sous-thème au cœur des échanges lors de la conférence-débat. Ce panel a permis d’analyser les contraintes économiques qui limitent l’accès des personnes en situation de handicap à ces services essentiels.

Lors du panel sur l’accessibilité financière aux services de réadaptation.

Les échanges ont mis en évidence une accessibilité financière encore largement insuffisante. Pour le Chef de division de la promotion des personnes handicapées au ministère de l’Action sociale, le coût des actes et dispositifs de réadaptation demeure élevé au regard du niveau de vie des bénéficiaires. Malgré les avancées enregistrées avec l’Assurance Maladie Universelle (AMU) et l’appui de certains partenaires, de nombreux usagers peinent encore à assumer les frais non pris en charge, ce qui limite fortement leur recours effectif aux services de réadaptation.

De son côté, le Directeur du Centre national d’appareillage orthopédique (CNAO), a souligné les manifestations concrètes de cette faible accessibilité financière. Selon lui, il n’est pas rare que des patients, après évaluation et établissement du devis, renoncent aux soins faute de moyens, ou reviennent solliciter une aide. Face à cette réalité, il a évoqué la nécessité de renforcer les mécanismes de solidarité, à travers la complémentarité entre l’État, les ONG et les dispositifs d’assurance, ainsi que des actions visant l’autonomisation économique des personnes en situation de handicap.

L’environnement bâti face aux défis de l’accessibilité

Cette question a également fait l’objet d’échanges lors de la conférence-débat, et ce à juste titre, tant l’accessibilité architecturale des bâtiments publics en général, et des habitations en particulier, demeure encore insuffisante au Togo.

Le panel consacré à l’environnement bâti face aux défis de l’accessibilité

« De nombreux hôtels restent inaccessibles. Même certains établissements de santé le sont totalement. Nos habitations comme nos rues ne répondent pas aux normes d’accessibilité, ce qui soulève de nombreuses interrogations », déplore le président du Conseil d’administration de la FETAPH.

Pourtant, au Togo, les dispositions concernant l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR) dans les constructions sont intégrées dans le code de l’urbanisme et les textes régissant le permis de construire exigent des aménagements spécifiques pour garantir l’accessibilité dès la conception. Or, très souvent, ces dispositions ne sont pas respectées lors de la mise en œuvre des travaux. Pour Président du Conseil d’administration de la FETAPH., qui a érigé cette problématique en véritable cheval de bataille depuis plusieurs années, il est impératif que les autorités en charge de la délivrance des permis de construire y accordent une attention accrue et qu’un mécanisme de contrôle rigoureux soit mis en place afin d’en garantir le respect.

Par ailleurs, selon lui également, cette problématique dépasse le seul cadre juridique pour relever d’un véritable enjeu de société. Il appelle à une sensibilisation de l’ensemble de la population et à l’adoption de comportements plus responsables, l’indifférence constituant un facteur aggravant.

« L’absence de préoccupation pour autrui empêche toute anticipation, alors même que le fait de ne pas en avoir besoin aujourd’hui ne dispense pas de le prévoir pour demain. Le handicap peut survenir à tout âge et à n’importe quel moment de la vie. C’est dans cette perspective que certaines mesures doivent être prises, afin de garantir, le cas échéant, une autonomie minimale et une réelle liberté de mouvement », estime le Président du conseil d’administration de la FETAPH.

Le président du Conseil d’administration de la FETAPH

Au terme de cette conférence-débat, il apparaît que l’inclusion des personnes en situation de handicap au Togo nécessite des actions concrètes et coordonnées, sur les plans sanitaire, financier et architectural. La rencontre a permis de mettre en lumière les obstacles persistants, de renforcer le plaidoyer pour un accès équitable aux services de réadaptation et d’offrir au CICR l’opportunité d’aller plus loin dans ses actions tout en mobilisant de nouvelles ressources. L’enjeu reste de traduire ces réflexions en politiques et pratiques effectives pour garantir aux personnes handicapées dignité, autonomie et pleine participation à la vie sociale.

À propos du CICR et de son engagement en faveur des personnes handicapées

Le Comité International de la Croix‑Rouge (CICR) est une organisation humanitaire neutre et indépendante présente au Togo depuis plus de 50 ans, œuvrant depuis plus de 160 ans à travers le monde, pour protéger la dignité humaine et soutenir les populations vulnérables, y compris les personnes en situation de handicap. 

Au cœur de son action figure le Programme de réadaptation physique (PRP), lancé en 1979 pour offrir à des personnes blessées ou handicapées l’accès à des services spécialisés essentiels. Aujourd’hui, ce programme va bien au‑delà de la simple fourniture de prothèses, orthèses, aides à la marche ou fauteuils roulants : il renforce les capacités des services nationaux de réadaptation, améliore la qualité des soins et favorise l’inclusion sociale des personnes handicapées. L’objectif est de réduire les barrières à la mobilité et à la participation à la vie communautaire, afin que chacun puisse pleinement exercer ses droits et accéder à l’éducation, à l’emploi et à une vie autonome. L’inclusion sociale des personnes ne doit pas être une faveur, ni un privilège mais un droit pour favoriser une société épanouie et plus inclusive.  

Le CICR travaille en étroite collaboration avec les autorités sanitaires, les associations locales et ses partenaires internationaux pour rendre les services de réadaptation plus accessibles, durables et de meilleure qualité, contribuant ainsi à construire des sociétés plus inclusives où la dignité, l’autonomie et l’égalité des chances sont respectées.