(Société Civile Médias) – À seulement 20 ans, Agnès a traversé des épreuves bien trop lourdes pour une jeune fille de son âge. Faute de moyens et en quête d’un mieux-être après son BEPC, elle quitte son village, Bétoè, pour travailler comme domestique dans une famille à Lomé, la capitale du Togo. Très vite, son espoir se transforme en calvaire avec plus d’un an de travail acharné sans aucune rémunération, jusqu’au moment où elle est contrainte de regagner son village, sans argent et sans perspective d’avenir. Mais grâce au Programme MPTF, Agnès bénéficie aujourd’hui d’un accompagnement personnalisé qui lui ouvre une nouvelle voie et fait d’elle un exemple d’espoir pour d’autres jeunes filles vulnérables de sa communauté.
Tout débute après l’obtention de son Brevet d’études du premier cycle (BEPC). Faute de moyens financiers pour poursuivre sa scolarité au lycée, Agnès fut contrainte de rester à la maison. C’est alors que son oncle lui propose de se rendre à Lomé, dans l’espoir d’y trouver un emploi en tant que travailleuse domestique.

« N’étant jamais allée à Lomé auparavant, j’ai accepté sa proposition et décidé de le suivre. Une fois sur place, il m’a confiée à une dame », confie-t-elle.
C’est ainsi que commence le calvaire de la jeune fille, marquée par des journées de labeur exténuantes, pouvant atteindre jusqu’à dix-huit heures de travail quotidien.
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« Je me levais dès 4 heures du matin pour préparer les repas que ma patronne vendait dans un établissement scolaire de la localité, et c’est moi qui me chargeais également de la vente. De retour vers midi, je devais repartir aussitôt pour vendre ses chaussures, avant de rentrer le soir afin d’assurer à nouveau les travaux de cuisine. Mes journées commençaient à l’aube et se terminaient tard dans la nuit, souvent autour de 22 ou 23 heures. Et ce rythme éprouvant se répétait chaque jour », fait savoir Agnès.
Pire encore, en dépit de conditions de travail indignes et d’horaires excessifs, Agnès ne percevait aucune rémunération, contrairement aux engagements initialement pris. Épuisée par cette situation, elle décida de quitter le domicile où elle était employée et regagna son village après plus d’une année d’exploitation à Lomé, sans avoir touché la moindre mensualité de son salaire.
Une nouvelle perspective avec le programme MPTF
De retour à Bétoè et sans réelle perspective pour son avenir, Agnès va toutefois connaître un tournant important. Lors d’une activité organisée par la Direction préfectorale des solidarités de l’Ogou en faveur des enfants victimes d’exploitation et de traite, son cas est évoqué et retient l’attention des acteurs présents.
« Il nous a été rapporté qu’elle avait été envoyée à Lomé, où elle a travaillé pendant plusieurs mois sans jamais percevoir de rémunération. Cette situation nous a profondément touchés. Nous avons alors échangé avec elle pour comprendre ce qu’elle faisait après son retour. Elle nous a confié qu’elle n’exerçait aucune activité, ce qui nous a conduits à l’intégrer comme bénéficiaire du programme MPTF », indique Idrissa NANOU, Directeur Préfectoral des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance.

Mis en œuvre conjointement entre le Gabon et le Togo, le Programme MPTF (Multi-Partner Trust Fund, ou Fonds fiduciaire multipartenaires) vise à lutter contre la traite des enfants, notamment à des fins d’exploitation domestique, de travail forcé et de trafic transfrontalier. Officiellement lancé en janvier 2025 et coordonné par l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance), il repose sur une approche multisectorielle axée, entre autres, sur le renforcement de la prévention communautaire, la protection des enfants victimes et leur réinsertion sociale et professionnelle. C’est dans ce cadre qu’Agnès a pu bénéficier d’un accompagnement adapté. Ayant opté pour l’apprentissage de la coiffure, la jeune fille a été placée dans une famille d’accueil à Akparé, localité de la préfecture de l’Ogou située à environ 24 kilomètres d’Atakpamé, où elle se forme à ce métier depuis déjà six mois.

Selon Pierre PANIZA, Chef de la Division Protection de l’Enfant pour la région des Plateaux, le Programme privilégie le placement des bénéficiaires dans des familles d’accueil lorsque le métier choisi n’est pas disponible dans leur localité d’origine. Dans les cas où l’apprentissage se déroule dans une autre zone et que le bénéficiaire ne dispose d’aucune famille proche sur place, le Programme se charge alors d’identifier une famille d’accueil qui l’hébergera et l’accompagnera durant toute la période de formation professionnelle.
« Jusqu’à présent, tout se passe bien avec Agnès. Elle est respectueuse et ne pose aucun problème. J’espère que cette bonne entente se poursuivra jusqu’à la fin de son apprentissage parmi nous », témoigne celle qui assure à la fois son encadrement en tant que tutrice au sein de la famille d’accueil et sa formation professionnelle en tant que patronne.

Comme tous les bénéficiaires du Programme MPTF, Agnès a reçu un soutien en matériel adapté pour débuter son apprentissage. Selon M. PANIZA, le plaidoyer se poursuivra avec le partenaire afin que, à l’issue de leur formation, les bénéficiaires puissent bénéficier d’un second appui matériel pour lancer leurs activités pour ainsi éviter de retomber dans les mêmes difficultés.
« Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au gouvernement togolais et à son partenaire, l’UNICEF, pour le soutien dont j’ai bénéficié. Cet accompagnement va considérablement m’aider dans mon avenir. Grâce à cet appui, ma vie a changé, et je peux aujourd’hui servir de témoignage pour encourager d’autres jeunes filles de ma communauté à ne pas se laisser entraîner dans des aventures incertaines qui risqueraient de les conduire à la traite ou à des expériences traumatisantes », déclare Agnès, visiblement émue et reconnaissante.

A noter que la lutte menée par le Programme MPTF contre la traite des enfants à des fins d’exploitation domestique, de travail forcé et de trafic transfrontalier a déjà produit des résultats tangibles. À ce jour, le programme a permis d’identifier et de protéger 750 enfants, d’accompagner 400 familles dans le processus de réinsertion, de former 180 agents frontaliers et acteurs judiciaires, et de rendre opérationnels 12 comités locaux de vigilance.


