(Société Civile Médias) – Entre préservation de l’environnement, valorisation des savoirs locaux et création d’opportunités économiques, l’entrepreneuriat agroécologique s’impose progressivement comme un levier de transformation des systèmes alimentaires. Dans cette interview, Jean-Charles Sossou, spécialiste en agroécologie et Directeur exécutif de l’association Eco-Impact, décrypte les défis auxquels font face les agripreneurs et explique comment l’agroécologie peut contribuer à bâtir des systèmes alimentaires plus résilients et souverains. Lecture !
Société Civile Médias : Jean-Charles Sossou, comment définissez-vous l’entrepreneuriat agroécologique dans le contexte togolais ou ouest-africain ?
L’entrepreneuriat agroécologique repose sur les mêmes fondamentaux que l’entrepreneuriat agricole. Toutefois, il se distingue par des valeurs essentielles telles que la protection de l’environnement, la préservation de la santé des consommateurs, le respect des valeurs éthiques et l’équité. Il s’agit d’une approche entrepreneuriale qui intègre les dimensions de l’agroécologie, notamment les 13 principes agroécologiques, à chaque étape des chaînes de valeur.

L’entrepreneuriat agroécologique représente une véritable opportunité pour exploiter pleinement le potentiel de l’agroécologie. Il permet de valoriser l’ensemble des chaînes de valeur agricoles et d’améliorer significativement les revenus des petits producteurs à travers la transformation et la valorisation des produits tels que les fruits, les légumes, les racines, les légumineuses, les céréales, mais aussi le lait et les produits carnés.
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Il constitue également un levier important de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, en favorisant l’émergence de nouvelles activités économiques en milieu rural.
Au-delà de l’aspect économique, l’entrepreneuriat agroécologique est une clé essentielle pour faciliter l’accès à une alimentation saine, transformer durablement nos systèmes alimentaires et structurer une économie rurale et régionale plus dynamique, plus résiliente et plus inclusive.

Quelles sont, selon vous, les spécificités et les atouts de ce type d’entrepreneuriat par rapport à l’agriculture conventionnelle ?
L’entrepreneuriat agroécologique est une approche de l’entreprise agricole qui vise à créer de la valeur, non seulement pour l’entrepreneur, mais aussi pour la société et l’environnement. Il contribue à la création d’emplois, à l’amélioration de la santé, à la promotion de l’éducation, à la valorisation des cultures locales, au respect des droits humains et à la préservation des ressources naturelles. C’est une manière globale et responsable de concevoir et de développer une activité agricole.
Elle permet également de mieux valoriser les ressources locales et la diversité alimentaire des territoires afin de promouvoir des systèmes alimentaires plus durables et mieux adaptés aux réalités locales.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les entrepreneurs agroécologiques aujourd’hui ?
Les entrepreneurs agroécologiques, tout comme les agriculteurs, font face à de nombreux défis. Ceux-ci vont des aléas climatiques aux contraintes économiques, en passant par les difficultés d’accès à des marchés rémunérateurs et équitables. Au-delà de ces obstacles bien connus, les agri-preneurs doivent également relever des défis spécifiques liés au développement d’une agriculture durable. Mieux comprendre ces réalités permet d’identifier des solutions adaptées et de créer davantage d’opportunités sur les marchés locaux et territoriaux.
L’un des principaux défis reste l’accès au financement. Beaucoup d’entrepreneurs agroécologiques peinent à mobiliser les ressources financières nécessaires pour investir, moderniser leurs exploitations ou développer leurs activités. À cela s’ajoute un accès souvent limité aux ressources de production, qu’il s’agisse des équipements, des intrants ou des technologies adaptées à l’agroécologie.

La formation constitue également un enjeu majeur. De nombreux producteurs n’ont pas accès à des formations de qualité leur permettant de renforcer leurs compétences techniques, entrepreneuriales et commerciales. Cette situation est aggravée par un taux élevé d’analphabétisme en milieu rural. Beaucoup d’agriculteurs ne maîtrisent pas les outils de gestion leur permettant de calculer leurs coûts de production ou de fixer des prix de vente rentables. Ils sont souvent contraints de s’aligner sur les prix pratiqués sur les marchés sans pouvoir valoriser le coût réel de leur travail.
La commercialisation représente un autre défi important. Les produits issus de l’agroécologie peinent encore à être correctement valorisés. Il existe très peu de différenciation des prix entre les produits agroécologiques et les produits conventionnels, aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Dans le même temps, les marchés sont largement approvisionnés en produits issus de l’agriculture conventionnelle, parfois subventionnés ou importés, ce qui crée une concurrence difficile pour les producteurs locaux engagés dans une démarche agroécologique.
Le conditionnement des produits transformés constitue également un enjeu. Les entrepreneurs agroécologiques cherchent à réduire au maximum l’utilisation des sacs et emballages plastiques afin de rester cohérents avec leurs engagements environnementaux, mais les alternatives écologiques souvent coûteuses ou peu accessibles.
Par ailleurs, les consommateurs sont encore insuffisamment sensibilisés aux enjeux de la souveraineté alimentaire, aux bénéfices de l’agroécologie et à l’impact de leur alimentation sur leur santé. Cette faible sensibilisation limite la demande pour les produits agroécologiques et réduit les possibilités de mieux les valoriser sur le marché.

Même si la périssabilité des produits n’est pas le principal problème, le manque d’infrastructures de stockage oblige souvent les producteurs à vendre leurs récoltes immédiatement après la récolte, à des prix imposés par le marché, faute de pouvoir attendre des conditions plus favorables.
Enfin, la multiplicité des intermédiaires constitue un frein important. Ces acteurs disposent généralement de meilleurs moyens de transport, de stockage et de commercialisation que les producteurs eux-mêmes. Ils imposent souvent des prix d’achat peu rémunérateurs, sans tenir compte de la qualité ni de la valeur ajoutée des produits agroécologiques. Cette situation réduit considérablement les revenus des producteurs et limite le développement d’une agriculture agroécologique durable et rentable.

En quoi l’entrepreneuriat agroécologique peut-il contribuer à une transformation durable de nos systèmes alimentaires ?
L’entrepreneuriat agroécologique repose sur une vision globale qui prend en compte à la fois l’économie, l’environnement, la santé, le bien-être social et la gestion durable des ressources naturelles. Son objectif est de concilier performance économique, protection de l’environnement et amélioration des conditions de vie des populations.
Concrètement, il s’agit de produire des aliments sains, nutritifs et de qualité, tout en préservant la santé des consommateurs, celle des producteurs et celle des écosystèmes. Cette approche contribue au développement de systèmes alimentaires plus durables, plus résilients et plus équitables. L’entrepreneuriat agroécologique représente ainsi une véritable opportunité de transformation à tous les niveaux de la chaîne de production et de la chaîne de valeur.
Sur le plan environnemental, il favorise la restauration des terres dégradées, la préservation de la biodiversité et la fertilité naturelle des sols. Les entrepreneurs agroécologiques privilégient des pratiques durables telles que l’utilisation des semences paysannes, des engrais organiques, des biofertilisants et des bioprotecteurs. Ces solutions permettent de réduire la pollution, de limiter la dépendance aux intrants chimiques de synthèse et de mieux protéger la santé humaine ainsi que les ressources naturelles. Elles renforcent également la résilience des systèmes agricoles face aux effets du changement climatique.

L’agroécologie est également un moteur d’innovation. Elle encourage le développement de bio-intrants, la transformation agroalimentaire, les certifications participatives, les communautés de pratique ainsi que le recours aux énergies renouvelables dans les activités de production et de transformation. Toutes ces innovations créent de nouvelles opportunités économiques tout en répondant aux exigences du développement durable.
La diversification des productions et des activités constitue un autre atout majeur. En valorisant une grande variété de produits agricoles, bruts ou transformés, les entrepreneurs agroécologiques dynamisent les marchés locaux et territoriaux. Cette diversification réduit la vulnérabilité des communautés face aux crises économiques ou climatiques et renforce la sécurité alimentaire.
L’entrepreneuriat agroécologique joue également un rôle important dans le développement économique et social. Il favorise la création d’emplois, améliore les revenus des petits producteurs et offre de nouvelles perspectives aux jeunes et aux femmes, qui occupent une place essentielle dans les chaînes de valeur agricoles. Leur implication est indispensable pour assurer la relève générationnelle, stimuler l’innovation et construire une agriculture plus moderne, plus responsable et plus compétitive.
Cette approche permet aussi de mieux comprendre les besoins du marché afin de produire des aliments correspondant aux attentes des consommateurs. En rapprochant l’offre de la demande, elle contribue à rendre les exploitations agricoles plus rentables et plus durables.
Au-delà de ses impacts économiques, l’entrepreneuriat agroécologique améliore les conditions de travail des producteurs en favorisant des pratiques agricoles moins nocives pour leur santé. Il contribue également à renforcer la résilience des communautés face aux crises économiques, alimentaires et environnementales.
L’agroécologie ne se limite pas aux pratiques agricoles. Elle constitue une véritable transformation des systèmes alimentaires. Elle encourage une gouvernance plus participative en renforçant les liens entre producteurs, transformateurs, consommateurs, collectivités territoriales, chercheurs, organisations de la société civile et partenaires techniques. Cette dynamique favorise des systèmes alimentaires plus inclusifs, plus équitables et davantage ancrés dans les réalités des territoires.

Parce qu’elle est aussi un mouvement de société, l’agroécologie plaide pour un environnement politique plus favorable à une agriculture durable, à la justice sociale et à la souveraineté alimentaire. Cette transformation passe avant tout par un changement de mentalité et par l’adoption de nouvelles pratiques à tous les niveaux.
Pour exploiter pleinement le potentiel de l’entrepreneuriat agroécologique, il est essentiel d’investir dans le développement des compétences, de soutenir les innovations portées par les jeunes et de renforcer les communautés de pratique. Il s’agit de favoriser les échanges entre agriculteurs, chercheurs, transformateurs, consommateurs et autres acteurs afin de partager les connaissances, diffuser les bonnes pratiques et construire ensemble des solutions adaptées à nos réalités.
Il est tout aussi important de renforcer les circuits courts de commercialisation et les marchés territoriaux. En privilégiant les ressources locales et les pratiques durables, ces marchés améliorent l’accès des populations à des aliments sains, créent des emplois, stimulent l’économie locale et offrent davantage d’opportunités entrepreneuriales aux jeunes et aux femmes. Ils constituent un levier essentiel pour bâtir des économies locales plus résilientes, moins dépendantes des ressources extérieures et mieux préparées aux défis de demain.
Quelles stratégies mettez-vous en place pour renforcer votre positionnement stratégique sur ce marché encore émergent ?
Nous menons des actions de sensibilisation pour valoriser et soutenir les systèmes de production endogènes, ainsi que des formations et des appuis-conseils sur les techniques de production, de transformation et de commercialisation. Nous travaillons également à la mise en place et au renforcement de circuits courts afin de dynamiser les économies locales.
Notre objectif est de renforcer les capacités des producteurs pour qu’ils puissent augmenter leurs rendements tout en réduisant leurs coûts de production. Cela permet de rendre la nourriture saine plus disponible et plus accessible pour tous.
Nous accompagnons aussi la structuration des acteurs et facilitons les mises en relation entre producteurs, transformateurs et marchés afin d’améliorer les revenus et la rentabilité des activités.

Par ailleurs, nous développons des initiatives de Système Participatif de Garantie, qui constituent un cadre de référence commun basé sur les principes de l’agroécologie et ancré dans les réalités des territoires. Ce mécanisme permet de renforcer la confiance entre producteurs et consommateurs tout en valorisant les pratiques durables.
Quel lien faites-vous entre notre identité culturelle et la souveraineté alimentaire ?
Dans tout ce que nous faisons, il est essentiel de nous interroger sur notre identité : qui sommes-nous réellement ? Cette question n’est pas anodine, car elle nous ramène à nos origines, à nos cultures et à nos valeurs fondamentales. C’est à partir de cette mémoire collective que se construit notre manière de penser, d’agir et de produire. L’identité ne se résume pas à un nom, elle est aussi la transmission des savoirs et des savoir-faire ancestraux.
Le mot agriculture lui-même nous éclaire : il vient de “agri”, qui renvoie à la terre, et de “culture”, qui renvoie à la tradition et au savoir. Cultiver la terre, c’est aussi cultiver une culture, une histoire, un lien profond entre l’homme et son environnement.
Nous sommes donc porteurs de valeurs et de savoirs auxquels nous devons rester attachés. Il est important de former la nouvelle génération aux systèmes alimentaires durables, afin de préserver et de valoriser nos savoirs endogènes, tout en les adaptant aux défis actuels.
Pour cela, il est nécessaire de développer les connaissances, de mieux comprendre notre rôle et de l’assumer pleinement, comme si l’avenir en dépendait, car en réalité, il en dépend. Cela exige aussi de l’unité et une action collective, afin de construire des solutions durables et cohérentes.
C’est également une question de responsabilité envers notre terre. Nous avons le devoir de défendre nos systèmes alimentaires, la souveraineté alimentaire, la souveraineté semencière et les droits des paysans. Car celui qui contrôle les semences contrôle en grande partie notre alimentation, et donc notre mode de vie et notre santé.
Cela nous invite à interroger davantage ce que nous consommons, en particulier les aliments et les semences qui viennent de l’extérieur, afin de mieux comprendre leur impact. Aujourd’hui, les semences sont de plus en plus contrôlées par de grandes firmes, ce qui pose la question de notre autonomie alimentaire.
Il devient donc essentiel de revenir à des pratiques agricoles qui nous ressemblent, enracinées dans nos réalités, nos valeurs et nos savoirs. Une agriculture qui ne soit pas imposée, mais choisie, pensée et construite à partir de nos propres systèmes de connaissance et de notre propre identité.
Pensez-vous que la redécouverte de nos pratiques agricoles traditionnelles peut jouer un rôle dans la construction de systèmes alimentaires plus résilients ?
Nous avons aujourd’hui besoin de déconstruire certaines idées reçues qui ne correspondent pas à nos réalités, notamment celles qui affirment que l’agroécologie serait inefficace. Plusieurs études montrent pourtant que la révolution verte a atteint ses limites et qu’elle a, dans certains contextes, engendré plus d’effets négatifs que de bénéfices.
Il ne s’agit pas simplement de produire davantage, mais de produire de manière saine, tout en préservant l’équilibre des écosystèmes, la santé des populations et celle de l’environnement.
Pendant longtemps, certaines populations ont été influencées par des discours qui ont dévalorisé nos propres systèmes de production et nos savoirs. Cela a contribué à fragiliser notre conscience collective et à provoquer une forme d’acculturation dont les effets sont encore visibles aujourd’hui.
Face à cela, il est essentiel de changer de regard et de discours, mais surtout de montrer l’exemple à travers des pratiques concrètes. Il devient important de développer une véritable conscience écologique et de valoriser durablement nos connaissances endogènes.
Notre continent dispose pourtant d’une richesse naturelle et culturelle exceptionnelle, avec une grande diversité de plantes alimentaires et de cultures locales. Cette biodiversité constitue un véritable patrimoine à préserver et à valoriser.
De la même manière, l’élevage joue un rôle essentiel dans les systèmes alimentaires diversifiés. Il contribue à la fertilité des sols et représente également une forme de sécurité économique et climatique pour de nombreuses communautés.
Comment l’agroécologie peut-elle réconcilier modernité et traditions agricoles locales ?
L’agroécologie nous offre aujourd’hui l’opportunité de restaurer et de valoriser les connaissances traditionnelles. Elle se présente comme une approche de l’agriculture à la fois juste sur le plan écologique et équitable sur le plan social. Dans cette vision, la santé des sols, des semences et de l’eau constitue une priorité fondamentale.

La compréhension de l’agroécologie et des pratiques qui lui sont associées ne vient pas uniquement de la science moderne, mais aussi et surtout des savoirs et de la vision des agriculteurs eux-mêmes. C’est pourquoi nous privilégions une démarche de co-construction des connaissances, au niveau local et à l’échelle du continent africain.
L’agroécologie repose sur un principe essentiel : l’agriculture doit régénérer les bases écologiques dont dépend la production alimentaire. Cela passe par des sols vivants et fertiles, une gestion durable de l’eau, ainsi que la valorisation de variétés végétales diversifiées et adaptées aux contextes locaux. Elle encourage les systèmes de polyculture et réduit, voire exclut, l’usage des engrais chimiques et des pesticides de synthèse.
Elle mobilise également les savoirs ancestraux afin de renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux changements climatiques.
Le respect des systèmes agricoles traditionnels, la capacité à produire et consommer des aliments sains, nutritifs et sûrs doivent guider nos choix, nos échanges et nos modèles de développement agricole. Ils constituent les bases de notre autonomie et de notre souveraineté alimentaire.
Cependant, pour avancer dans cette direction, il est nécessaire de surmonter certaines formes d’adversité, de renforcer notre indépendance d’esprit et de faire preuve de courage dans nos convictions, afin de construire des systèmes agricoles plus cohérents avec nos réalités et nos valeurs.
Quelles actions menez-vous pour revaloriser les savoir-faire locaux dans vos activités ?
La diffusion des connaissances et des compétences au niveau local est essentielle pour garantir la reproduction et la pérennité des innovations agricoles. Lorsqu’ils ont accès à la formation pratique et aux savoirs adaptés, les agriculteurs adoptent plus facilement les méthodes d’agriculture régénérative et agroécologique.
C’est dans cette logique que nous organisons des séances de sensibilisation et de formation pour faciliter le transfert de compétences en techniques agroécologiques. Nous mettons également en place des espaces de renforcement de capacités en entrepreneuriat vert, ainsi que des plateformes d’échanges et de partage de connaissances, notamment à travers des formations entre paysans. Nous impliquons aussi les jeunes afin de favoriser l’émergence de nouvelles compétences et de nouvelles dynamiques.
Notre ambition est de contribuer à la diffusion de l’agroécologie à grande échelle, car nous sommes convaincus que le partage des savoirs renforce les communautés et que servir le bien commun donne davantage de valeur à l’action collective.
Dans cette perspective, nous développons des stratégies d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, en mettant l’accent sur la transformation durable des systèmes alimentaires. Cela implique d’assurer un accès équitable et une gestion durable des ressources naturelles, tout en accélérant la transition des producteurs vers des pratiques agroécologiques.

Nous travaillons également à renforcer les capacités des producteurs et des agri-preneurs, notamment sur les techniques de gestion post-récolte, de conservation et de valorisation des produits agricoles. Cela contribue à améliorer les revenus et à réduire les pertes alimentaires.
En parallèle, nous soutenons la construction de chaînes d’approvisionnement plus équitables et le développement d’une véritable culture entrepreneuriale, afin de créer des marchés solides pour les produits agroécologiques et de promouvoir une alimentation saine.
L’inclusion sociale des femmes, des jeunes, des petits exploitants agricoles et des groupes vulnérables est au cœur de notre démarche, tout comme la promotion de mécanismes de financement plus flexibles et accessibles pour soutenir les initiatives locales.
Nous renforçons également les capacités des acteurs des systèmes alimentaires et encourageons l’innovation, tout en œuvrant pour un environnement politique plus favorable et une gouvernance plus inclusive en faveur de l’agroécologie et des systèmes alimentaires durables.
Dans cette dynamique, nous développons des systèmes d’information sur les marchés agricoles afin de mieux valoriser les produits agroécologiques. Nous encourageons aussi des programmes d’alphabétisation et d’apprentissage communautaire, notamment des écoles de la seconde chance, pour permettre aux femmes et aux jeunes filles en milieu rural de renforcer leurs compétences de base en lecture, écriture et calcul.


Nous promouvons par ailleurs des modèles commerciaux inclusifs et équitables, notamment les circuits courts et les systèmes participatifs de garantie, qui renforcent la confiance entre producteurs et consommateurs. L’adoption de solutions écologiques comme les sacs biodégradables est également encouragée afin de réduire l’impact environnemental.
Enfin, nous accordons une grande importance à la communication et à la sensibilisation, afin que les bénéfices sociaux, économiques et environnementaux de l’agroécologie soient mieux compris et accessibles à tous. Cette information est essentielle pour encourager les producteurs à poursuivre leurs pratiques durables et pour permettre aux consommateurs de faire des choix alimentaires plus responsables.
Nous travaillons aussi à renforcer le réseautage entre les acteurs du secteur afin de créer des espaces d’échanges où agriculteurs et agri-preneurs peuvent partager librement leurs expériences. Cela inclut également le renforcement des compétences en négociation et en commercialisation, afin de rendre les producteurs plus autonomes et plus compétitifs sur les marchés.
En quoi le consommateur togolais (ou africain) peut-il contribuer à cette reconquête de souveraineté alimentaire à travers ses choix alimentaires ?
Les données récentes montrent que le commerce intra-africain reste encore très faible, autour de 15 %, tandis que les échanges avec l’Union européenne atteignent environ 80 %. Par ailleurs, les importations sur le continent sont estimées à plusieurs milliards de dollars. Ces déséquilibres montrent clairement la nécessité de réorienter nos systèmes économiques afin de créer davantage de richesse au sein de nos États et de nos communautés.



Dans cette dynamique, il est essentiel de rappeler que les consommateurs ont un droit fondamental : celui d’accéder à une alimentation saine et durable. La santé commence par l’alimentation, et une bonne alimentation dépend elle-même de la qualité du sol. En réalité, le sol est la première source de santé.
La nourriture ne doit pas être considérée uniquement comme une source d’énergie, mais aussi comme un élément de prévention et de bien-être, ce que l’on peut appeler des aliments-santé ou “alicaments”.
Il devient donc important d’encourager les populations à consommer des produits issus de leur propre environnement, des aliments qui correspondent à leurs réalités biologiques, culturelles et écologiques. Cela contribue à construire des systèmes alimentaires plus résilients et plus durables.
À l’inverse, il est préférable de questionner davantage l’origine des aliments que nous consommons et d’éviter, autant que possible, ceux dont la provenance et les conditions de production ne sont pas clairement connues. Aujourd’hui, la tendance à transformer la nourriture en simple marchandise déconnectée de la vie pose de véritables enjeux de santé publique et de souveraineté alimentaire.
Nous disposons pourtant d’un patrimoine alimentaire riche et diversifié, composé de produits locaux à fort potentiel nutritionnel et économique. Ces ressources peuvent être valorisées seules ou combinées de manière harmonieuse afin de proposer une alimentation à la fois saine, équilibrée et bénéfique pour les populations.
Quelle est votre vision de l’agriculture de demain pour notre région ?
Construire des systèmes alimentaires durables et résilients est aujourd’hui une urgence pour nos communautés. Face aux défis économiques, climatiques et sociaux, il devient essentiel de repenser nos modèles de production et de consommation.
À travers Eco-Impact, nous portons la vision d’un monde dans lequel les communautés sont à la fois épanouies et pleinement engagées dans une démarche éco-responsable. Notre mission est de contribuer, à travers la recherche-action, au développement durable des communautés à la base.
Au cœur de cette mission se trouve la promotion d’un système régénératif capable de générer de forts impacts socio-économiques tout en préservant et en restaurant les ressources environnementales.
Cela implique d’assurer une continuité dans la préservation de la fertilité des sols, dans la production d’aliments sains, dans la mise en place d’une économie circulaire, ainsi que dans l’élaboration de politiques favorables à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire.



L’objectif est de construire des systèmes inclusifs, où chaque citoyen peut participer à des modes de production et de consommation durables, au service du bien-être collectif et de la résilience des territoires.
Quels partenariats ou appuis estimez-vous nécessaires pour faire émerger un écosystème agroécologique fort et durable ?
Il est essentiel de renforcer la volonté politique ainsi que l’engagement de l’ensemble des acteurs du système alimentaire. Cela passe par la mise en place d’un environnement politique favorable à une approche bioculturelle, qui soutient la réappropriation de notre identité et la promotion du consommer local.
Il devient également nécessaire d’institutionnaliser les questions liées à l’alimentation et à la santé, tout en dynamisant davantage les initiatives locales. Cela implique de mieux structurer les systèmes de production traditionnels et de réduire progressivement les cycles de dépendance, notamment en ce qui concerne les intrants essentiels comme les semences, les biofertilisants et les bioprotecteurs.
Cette transformation doit concerner l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’aux consommateurs finaux. Elle ne peut réussir que si elle s’appuie sur des actions concrètes, portées par les acteurs eux-mêmes, et non uniquement sur des intentions.
En réalité, le progrès de cette vision dépendra de la qualité de la synergie entre tous les acteurs. Lorsque cette synergie est bien structurée, bien coordonnée et durable, elle devient un véritable moteur de transformation des systèmes alimentaires.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat agroécologique aujourd’hui ?
Il ne s’agit pas de se retenir ou d’hésiter, mais plutôt de prendre le temps de comprendre et d’étudier les bases ainsi que les principes fondamentaux de l’agroécologie. C’est cette maîtrise qui permet d’agir de manière efficace, cohérente et durable.
L’entrepreneuriat agroécologique n’est pas une option parmi d’autres. C’est une ضرورة, une voie essentielle pour répondre aux défis actuels liés à l’alimentation, à la santé, à l’environnement et au développement des communautés.
