(Société Civile Médias) – Réunis du 14 au 17 avril 2026 à l’Université de Cape Town, experts et praticiens de la justice transitionnelle venus du monde entier ont croisé leurs regards à l’occasion d’un symposium marquant les 30 ans de la Commission vérité et réconciliation d’Afrique du Sud. Parmi les interventions marquantes, celle de Bernard Anoumo Dodji BOKODJIN a particulièrement retenu l’attention à travers une analyse approfondie du cas malien, qu’il a partagé avec un public majoritairement anglophone.
Au cours de son intervention, cet expert togolais en justice transitionnelle, l’un des rares francophones présents à la rencontre, a mis en lumière les spécificités et les défis du processus en cours au Mali, pays dans lequel il a œuvré entre 2019 et 2024 en appui à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR).

Tout en estimant que la persistance de conflit constitue un frein structurel à l’avancée du processus de justice transitionnelle, M. BOKODJIN évoque également des pesanteurs socioculturelles et religieuses qui, selon lui, compliquent notamment la prise en charge des victimes, en particulier celles de violences sexuelles.
L’expert togolais a par ailleurs souligné les limites institutionnelles qui entravent la consolidation des acquis indiquant que quatre ans après la fin des travaux de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR), le rapport final peine encore à être publié, tandis que la liste officielle des victimes reste indisponible. Une situation qui, selon Bernard BOKODJIN, fragilise l’action de l’Autorité de Gestion des Réparations en faveur des Victimes (AGRV), mise en place pour poursuivre le processus, notamment à travers la mise en œuvre de la politique nationale de réparation adoptée en 2021.
- Advertisement -

Au-delà du cas malien, l’intervention de Bernard BOKODJIN a permis de nourrir une réflexion plus large sur les défis contemporains de la justice transitionnelle. Comparée à d’autres expériences présentées lors du symposium, notamment celles de pays comme la Colombie, la Gambie ou encore la Tunisie, l’expérience du Mali illustre la complexité des processus engagés dans des contextes encore marqués par l’instabilité.
En outre, dans ses échanges avec les participants, l’expert togolais a également apporté un regard critique sur le modèle sud-africain, souvent érigé en référence.

« Tous les pays engagés dans des processus de justice transitionnelle ont tendance à mesurer leur réussite à l’aune de l’expérience sud-africaine. Pourtant, les audiences publiques très médiatisées ont parfois masqué d’autres enjeux essentiels », a-t-il indiqué, rappelant que tout processus abouti repose sur des piliers fondamentaux comme la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. Or, ces dimensions sont encore inégalement mises en œuvre, y compris en Afrique du Sud, plus de trente ans après.
Pour rappel, Bernard Bokodjin est coordinateur de l’association Nouvelles Alternatives pour le Développement Durable en Afrique (NADDAF), engagée notamment sur les questions de prévention des conflits, de participation citoyenne, de paix et de sécurité.
