RSE : au-delà du mécénat, les entreprises appelées à mieux protéger les droits des femmes

3 min : Temps de lecture

(Société Civile Médias) – Longtemps associée aux actions sociales, au mécénat ou aux initiatives ponctuelles en faveur des communautés, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) tend désormais à être pensée comme une démarche qui engage l’entreprise dans son fonctionnement même. Cette évolution pose notamment la question de la place accordée aux femmes dans le monde du travail : égalité de traitement, rémunération, accès aux responsabilités, protection contre le harcèlement et les violences basées sur le genre. Des enjeux mis en avant lors d’une session de formation consacrée à la responsabilité sociale des entreprises, organisée dans le cadre du projet « Les entreprises s’engagent pour la protection des femmes et des filles » (EP2F).

Pour Bernard Anoumo Bokodjin, une entreprise réellement engagée dans une démarche de responsabilité sociale doit d’abord veiller à la qualité de son environnement de travail. La performance ne peut ainsi être appréciée uniquement à travers les résultats financiers, mais doit également tenir compte des impacts sociaux de l’activité.

« La performance globale d’une entreprise équivaut à sa performance financière, augmentée de sa performance extra-financière, incluant son impact social et environnemental », a-t-il rappelé.

Dans cette approche, la situation des femmes dans l’entreprise devient un indicateur important de cette responsabilité. Égalité de rémunération, accès aux postes de responsabilité, lutte contre les discriminations, prévention du harcèlement et des violences basées sur le genre doivent, selon lui, faire partie intégrante des politiques de l’entreprise.

- Advertisement -

Prévenir plutôt que simplement réagir

Pour le coordonnateur de NADDAF, cette responsabilité suppose surtout de pouvoir identifier les risques auxquels les travailleuses peuvent être exposées et de prendre des mesures en amont.

« Nous devons adopter une approche de diligence raisonnable en matière d’égalité des sexes. Il s’agit d’identifier systématiquement les risques liés aux écarts de rémunération, au harcèlement ou encore à la faible présence des femmes dans les postes de direction, au sein des entreprises comme dans leurs chaînes de sous-traitance », a-t-il expliqué.

Cette prévention doit également passer par des politiques internes claires, notamment l’intégration de dispositions contre les violences basées sur le genre dans les règlements intérieurs et l’adoption de chartes éthiques.

Lire aussi : Togo / Projet EP2F : l’association NADDAF outille les OSC pour mieux veiller au respect des droits des femmes en entreprise

La responsabilité sociale ne s’arrête toutefois pas à la prévention. Lorsqu’une situation de harcèlement ou de violence survient, l’entreprise doit également être en mesure de permettre son signalement et d’assurer la protection des personnes concernées.

Bernard Anoumo Bokodjin appelle ainsi à la mise en place de mécanismes de signalement accessibles, confidentiels et sécurisés, ainsi qu’à des mesures de protection contre les représailles professionnelles.

« Nous devons protéger immédiatement les victimes et les témoins contre toute forme de représailles professionnelles et leur apporter un accompagnement adapté », a-t-il insisté.

Pour lui, l’enjeu est donc de faire de la protection des femmes une composante réelle de la gouvernance de l’entreprise, et non une action périphérique.

La société civile appelée à accompagner le changement

Au-delà des entreprises, le coordonnateur de NADDAF estime que les organisations de la société civile ont également un rôle à jouer pour faire progresser ces pratiques. Leur action doit notamment consister à sensibiliser les entreprises, à accompagner les victimes et à mener un plaidoyer en faveur de conditions de travail plus équitables et plus sûres pour les femmes.

Ainsi, pour Bernard Anoumo Bokodjin, une RSE crédible commence aussi à l’intérieur de l’entreprise notamment dans la manière de rémunérer, de recruter, de promouvoir, de protéger et d’écouter les femmes qui y travaillent.