(Société Civile Médias) – Inadaptées aux réalités locales, les semences utilisées en Afrique freinent le développement d’une agriculture résiliente et durable. Au Forum international des jeunes sur la souveraineté alimentaire (FIJ-SA), experts et chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme. Pour ces derniers, sans semences adaptées, l’Afrique restera dépendante de l’extérieur en ce qui concerne son alimentation.
Les semences locales, profondément liées à leur territoire, possèdent des caractéristiques adaptées aux conditions agroécologiques spécifiques. Cependant, leur performance varie d’une région à l’autre, ce qui freine l’essor de la production agricole.

À ce propos, Valentin Kossana, entrepreneur agricole et président de l’Observatoire du riz de la CEDEAO pour le Togo, affirme que « le problème persiste parce que la semence utilisée par les agriculteurs n’est souvent pas viable. Il faut des semences améliorées, des semences hybrides, mais surtout il faut que les agriculteurs respectent les itinéraires techniques ». Il rappelle également que « des pays comme la France ou la Chine, grandes puissances agricoles, disposent de systèmes de semences très avancés, ce qui leur permet d’obtenir des rendements élevés malgré des surfaces cultivables limitées ».
Par ailleurs, le marché africain des semences ne représente que 2 % du marché européen, révélant ainsi une nette faiblesse dans ce secteur clé. Cette situation explique en partie les difficultés économiques des agriculteurs africains, qui ne peuvent satisfaire les besoins croissants de leur famille avec des semences peu performantes, ce qui contribue indirectement à la précarité sociale et à la dégradation des conditions de vie.
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A cette réalité économique, s’ajoute un problème culturel majeur. Jean-Marie Koalga, éducateur social, déplore « le déracinement des Africains de leur propre culture » et la perte de savoirs traditionnels liée à la modernisation. Parallèlement, le changement climatique aggrave la situation, avec l’acidification des sols et la prolifération de maladies cryptogamiques, ce qui oblige à repenser les méthodes de culture.
D’après le Professeur Mamadou Goïta, Directeur exécutif de l’Institut de Recherche et de Promotion des Alternatives en Développement (IRPAD/Afrique), « six entreprises détiennent 58 % du marché de la semence agricole en Afrique », concentrant ainsi le pouvoir d’approvisionnement.
Comprendre l’importance de l’adaptabilité des semences
Selon le Professeur Koffigan Agbati, enseignant-chercheur et agro-écologiste, « l’homme tire son origine même de son alimentation, issue du champ ». Il explique que la reproduction humaine dépend étroitement de la qualité nutritionnelle.

« Les spermatozoïdes sont composés d’acides aminés provenant directement des aliments comme l’igname », a-t-il fait savoir.
Des approches de solution
Plusieurs pays africains ont amorcé des réformes afin d’améliorer la situation. Selon Jean-Marie Koalga, au Burkina Faso par exemple, un plan d’action 2023-2025 pour le développement de l’agroécologie a été adopté, assorti de lois visant à sauvegarder les semences locales, ainsi que d’initiatives portées par la société civile.
Au Mali, une nouvelle politique semencière met l’accent sur la recherche participative entre chercheurs et paysans.
« 73 % des semences utilisées répondent aux critères du plan d’action national », indique le Professeur Mamadou Goïta, précisant qu’un financement de 10 milliards de francs CFA et 15 % du budget national sont consacrés à la recherche agricole.
De plus, l’Union africaine prépare un cadre continental sur les semences, destiné à guider les États membres vers plus d’autonomie et de coordination dans ce secteur stratégique.
