Tribune / Réparations pour l’Afrique : Une feuille de route pour la justice économique bien au-delà d’un simple chèque

Société Civile Médias
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(Société Civile Médias) – À l’heure où les inégalités mondiales continuent de se creuser, le débat sur les réparations liées aux injustices historiques subies par les peuples africains et leurs diasporas revient sur la scène internationale. Plus qu’un simple débat moral ou historique, il s’agit aujourd’hui d’un impératif économique, social et politique. Alors que la question des réparations sera au cœur du Forum des ONG de la 85e session de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (17 au 19 octobre 2025), Bruno Haden, Secrétaire Général de l’ACAT Togo et expert des droits humains, plaide pour une approche globale et inclusive des réparations, dépassant le seul aspect financier. Il appelle les décideurs économiques, les investisseurs et les acteurs du développement à prendre leur part de responsabilité.

Par Bruno HADEN

Secrétaire Général de l’ACAT TOGO, Expert, Consultant, Formateur en surveillance, documentation et rapportage des violations des droits humains

Les réparations. Une notion souvent mal comprise, réduite à une simple transaction financière. Néanmoins, pour l’Afrique et ses diasporas, c’est un concept bien plus profond et transformateur : c’est la reconnaissance officielle des injustices historiques et actuelles, et un engagement concret pour les réparer

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Du 17 au 19 Octobre 2025, ce sujet crucial sera au cœur du FORUM DES ONG À LA 85ème SESSION ORDINAIRE DE LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES : L’Année des réparations. « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations. ». Il est temps que le monde de l’entreprise, de la finance et du développement durable accorde une attention particulière à cela.

Pourquoi ? Les réparations ne sont pas simplement une question de temps ; elles sont un impératif économique et moral pour bâtir un avenir viable.

Au-delà de l’histoire, l’exploitation systémique est une réalité tangible.

Il est impossible d’aborder les réparations sans prendre en considération les données actuelles. Le rapport de l’Indice Mondial de l’Esclavage pour 2023 est effrayant :

.           Plus de 50 millions de personnes dans le monde vivent dans l’esclavage moderne

.           Près de 7 millions se trouvent en Afrique

.           Des économies majeures comme le Nigéria (1,61 millions), l’Ethiopie (727 000), l’Egypte (442 000) et la République Démocratique du Congo (RDC) (407 000) sont touchées de plein fouet.

Ces chiffres ne constituent pas une anomalie. Leur présence est le signe d’une exploitation systémique des individus et des ressources qui persiste sous de nouvelles formes. Cela se manifeste par des chaînes d’approvisionnement cachées, du travail forcé et une main-d’œuvre vulnérable.

Un fléau genré : l’urgence de réparations inclusives

L’injustice a un visage, et il est souvent féminin. Les données sur le mariage des enfants le prouvent : 

.           43 % des filles Nigérianes sont mariées avant 18 ans.

.           40 % en Ethiopie.

.           37 % en RDC.

Ces pratiques ne se limitent pas aux violations des droits humains ; elles constituent de puissants obstacles au développement économique. Leur action perpétue des cycles de pauvreté, d’exclusion et prive les économies africaines du talent, de la créativité et de la force productive de millions de femmes.

Une véritable stratégie de réparation doit être axée sur le genre et inclusive, afin de restaurer la dignité et l’autonomie économique des femmes et des filles.

Le rôle des leaders économiques : pourquoi cela nous concerne tous

La communauté des affaires a un rôle central à jouer. Les réparations ne se cantonnent pas aux actions gouvernementales. Elles englobent :

  1. La Restitution : Investir dans des partenariats équitables, transférer des technologies et construire des infrastructures durables avec le continent, pas sur le continent.
  2. La Réhabilitation : Financer des programmes d’éducation, de santé mentale et de formation professionnelle pour briser les cycles d’exploitation.
  3. Les Garanties de non-répétition : Auditer nos propres chaînes d’approvisionnement pour garantir qu’elles soient éthiques, transparentes et exemptes de travail forcé. C’est une exigence de ESG (Environnement, Social, Gouvernance) à son plus haut niveau.

L’appel à l’action

La conversation sur les réparations est une conversation sur la dignité, la justice et la création d’un marché mondial véritablement équitable. En tant que leaders, investisseurs et entrepreneurs, nous avons la responsabilité de nous informer, d’engager le dialogue et d’intégrer ces principes dans nos modèles d’affaires.

Le forum d’octobre 2025 est une échéance clé. Mais le travail commence maintenant.