(Société Civile Médias) – À quelques jours de la deuxième édition des Journées Scientifiques Internationales du Coaching (JSIC 2025), prévue du 3 au 5 décembre prochain, Adamas KOUDOU (photo), Docteur honorifique des universités américaines en coaching et développement personnel et chargé de communication de l’événement, livre une analyse sans détour sur l’avenir de la profession en Afrique. Dans cet entretien, il explique pourquoi le coaching doit désormais se soumettre à la rigueur de la science, décrit les dérives inquiétantes qui fragilisent le marché africain et dévoile les réponses institutionnelles que le Conseil Africain du Coaching, du Mentorat et de la Supervision (CACMES) entend apporter. Entre la création de l’Indice de Professionnalisation du Coach (IPC), le plaidoyer juridique pour encadrer le titre de coach, l’intégration des sciences du comportement et de la neurocognition dans la pratique, et la mise en place d’une plateforme panafricaine de recherche, il trace les contours d’une véritable refondation du secteur. Lisez plutôt !
Pourquoi avoir choisi, pour cette deuxième édition des JSIC d’examiner le coaching “à l’épreuve de la science” ? Quel constat a motivé cette orientation plus scientifique en 2025 ?
Le choix de ce thème s’explique par le fait qu’en 2025, il est impératif d’élever ce combat pour la structuration de la profession en s’appuyant sur la crédibilité de la science.
Le constat précis qui a motivé cette orientation scientifique est double. D’une part, il y a l’urgence de la légitimité et de la preuve. Le thème « le coaching à l’épreuve de la science » répond à un besoin urgent, celui de valider l’impact et la légitimité de la profession par des données, des recherches et des protocoles rigoureux. Il faut passer de la simple conviction à la preuve scientifique pour que le coaching soit reconnu comme une discipline professionnelle incontournable et validée.
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D’autre part, il y a la nécessité d’une base pour la régulation. les JSIC 2023 ont posé les bases de l’autorégulation et jeté les bases d’un référentiel. Les JSIC 2025 doivent fournir la base scientifique (l’indice de Professionnalisation du Coach – IPC) pour soutenir ce référentiel et la charte de régulation du CACMES. Il s’agit d’ancrer la profession en tant que science humaine en formalisation.
En résumé, l’objectif est de passer de l’intention normative à l’opérationnalisation scientifique de la régulation en Afrique.

Vous évoquez des dérives comme l’usage abusif du titre de coach ou l’absence de normes. Quelles formes concrètes prennent ces dérives en Afrique, et comment les JSIC entendent y répondre ?
Les dérives du marché africain prennent trois formes concrètes, qui minent la confiance du public et le développement des entreprises.
La première forme est l’usurpation « sauvage » du titre de coach. Des individus s’autoproclament « coachs » après des formations sommaires, voire inexistantes, sans aucune supervision ni contrôle éthique. C’est un danger pour les investissements dans le capital humain et pour les politiques publiques.
Lire aussi : JSIC 2025 : le CACMES prépare le lancement officiel de ses normes, référentiels et dispositifs d’accréditation
La deuxième forme est le dumping éthique qui se caractérise par l’absence de régulation. Ceci permet à certains de ne pas se soumettre à la supervision et aux codes de déontologie, offrant des services à bas prix mais de qualité non garantie.
Enfin, la troisième forme est l’absence de mesure d’impact. La plupart des praticiens non régulés ne peuvent pas prouver, par des données fiables, l’efficacité de leurs interventions, rendant le coaching difficilement intégrable dans les stratégies d’investissement d’innovation ou de recherche appliquée (UNIPOD, PNUD, IYBA-WE4A, IYBA-SEED, FAIEJ, Start-ups…).
Les JSIC 2025 sont la réponse institutionnelle et scientifique à ces dérives. Nous y répondrons par l’opérationnalisation de deux outils majeurs à savoir :
Le lancement de l’IPC (Indice de Professionnalisation du Coach) qui est notre outil scientifique pour objectiver la profession. L’IPC mesure la maturité d’un coach sur quatre axes, dont 35% sont dédiés à l’intégrité et à la conformité éthique (supervision, historique disciplinaire). Seuls les praticiens atteignant un seuil minimal de cet IPC pourront obtenir le Label Qualité Praticien CACMES.
Il y a aussi le plaidoyer juridique. Nous finaliserons notre cadre réglementaire (Code, Charte …) et lancerons un plaidoyer formel pour que les gouvernements africains et les institutions régionales reconnaissent juridiquement le titre. L’objectif est simple : le titre de coach deviendra une profession encadrée par la loi, rendant l’usurpation passible de sanctions.
En bref, les JSIC 2025 donnent au CACMES les preuves scientifiques et les outils légaux pour nettoyer le marché et garantir que seul l’excellence accède aux professionnels africains.
En quoi les sciences du comportement, la neurocognition ou la psychologie positive peuvent-elles transformer la pratique du coaching en Afrique ? Quels résultats tangibles attendez-vous de cette confrontation entre recherche scientifique et pratiques de terrain ?
Pour répondre au premier volet de la question, il faut dire queces domaines scientifiques ne sont pas une mode, mais la fondation d’un coaching moderne et mesurable.
La Neurocognitionpermet au coaching de ne plus travailler sur de simples « bonnes intentions », mais sur les mécanismes réels de la prise de décision, de la gestion du stress et des biais cognitifs dans le cerveau. C’est essentiel pour le développement d’un leadership africain performant et éthique, capable de naviguer dans des environnements complexes.
La Psychologie positive et sciences du comportement fournissent des protocoles validés (Evidence-Based Practice – EBP) pour développer la résilience, l’autoefficacité et l’intelligence collective. En Afrique, où le besoin de leadership entrepreneurial est critique (objectif des 500 Start-ups pour UNIPOD-Togo seul en 5ans, par exemple), nous ne pouvons plus nous contenter de l’aléatoire. Nous devons garantir l’efficacité.
Cette confrontation entre recherche et terrain est le moteur de l’excellence du CACMES, et nous attendons trois résultats tangibles majeurs.
D’abord l’intégration de l’EBP dans l’IPC. L’Indice de Professionnalisation du Coach (IPC) intègre désormais des critères de preuve d’utilisation des méthodes basées sur la science. Le Label Qualité CACMES sera la garantie que le coach s’appuie sur ce qui fonctionne.
Ensuite l’augmentation du taux de succès en améliorant la qualité et la rigueur du coaching (particulièrement le coaching d’entrepreneurs), nous attendons une augmentation tangible du taux de survie et de croissance des start-ups et des PME africaines.
Enfin, la fin du bricolage. La science est la défense ultime contre l’usurpation. Quand un coach peut prouver, chiffres à l’appui, l’efficacité de son protocole, l’imposteur sans fondement scientifique n’a plus aucune légitimité sur le marché.
L’objectif est clair : les JSIC 2025 feront du coaching en Afrique une discipline fondée sur la preuve, un levier d’impact économique et un rempart contre l’informel.
L’édition 2023 avait amorcé un référentiel de compétences pour l’Afrique. Quelles sont les grandes avancées depuis, et comment ce référentiel sera-t-il validé ou consolidé lors des JSIC 2025 ?
Depuis 2023, des avancées majeures ont été réalisées pour renforcer la professionnalisation du secteur, et elles s’articulent autour de deux axes indissociables.

Le premier concerne la compétence et la mesure, ce que nous appelons le pilier scientifique. Le travail amorcé l’année dernière sur le Référentiel de Compétences panafricain a pu être entièrement finalisé. Ce document constitue désormais la norme de référence sur le continent. Il définit précisément les savoir-faire et les savoir-être attendus de tout praticien légitime. À partir de ce socle, nous avons pu élaborer l’Indice de Professionnalisation du Coach, l’IPC. C’est un outil de mesure objectif qui permet non seulement de vérifier l’acquisition des compétences, mais aussi de s’assurer qu’elles sont maintenues et actualisées dans le temps.
Le second axe, tout aussi essentiel, touche à l’éthique et à la régulation, autrement dit à la sécurité du public et à la crédibilité de la profession. Les travaux menés par la Commission Éthique et Déontologie ont abouti à la création des principaux outils juridiques du CACMES. La Charte d’éthique affirme les valeurs fondamentales qui guident l’exercice du métier ; le Code de déontologie précise les règles de conduite obligatoires auxquelles tout praticien accrédité doit se conformer ; et la Charte de régulation, enfin, définit l’autorité du CACMES ainsi que les mécanismes de plainte et les sanctions applicables en cas de manquement, notamment via l’intervention du GTLP.
En réunissant ces deux piliers (la compétence mesurable et l’éthique encadrée), nous avons posé les fondations d’une profession durable, crédible et alignée avec les standards internationaux.
Aux JSIC 2025, il ne s’agit pas simplement de présenter ces documents. L’ensemble du cadre réglementaire (Référentiel de Compétences, Chartes et Code) sera officiellement validé lors de la Journée CACMES. Cette validation publique en fera le socle de référence pour l’accréditation des écoles comme des praticiens.
Ce cadre ne repose d’ailleurs pas uniquement sur la dimension technique ; l’éthique y occupe une place déterminante. Le poids élevé accordé à l’axe éthique et à l’intégrité dans l’Indice de Professionnalisation du Coach signifie que la conformité à ces Chartes et à ce Code devient une condition incontournable pour prétendre à l’excellence et garantir la sécurisation du titre professionnel.
En conclusion, les JSIC 2025 marquent l’opérationnalisation d’un cadre normatif africain complet, liant la compétence scientifique à la rigueur éthique.
Le secteur du coaching reste peu régulé sur le continent. Quel cadre réglementaire espérez-vous voir émerger après ces journées, et quelles propositions concrètes comptez-vous soumettre aux autorités publiques ?
La réponse doit être claire : le CACMES n’attend pas une simple reconnaissance, mais un véritable statut juridique capable de mettre fin à l’anarchie actuelle.
Ce que nous espérons voir émerger lors de ces journées, c’est le cadre réglementaire intégral du CACMES, un cadre qui constitue l’outil ultime de l’autorégulation africaine. Il repose sur trois piliers qui doivent être pleinement reconnus. D’abord le pilier de la compétence, avec le Référentiel de compétences panafricain comme norme technique ; ensuite le pilier éthique, incarné par la Charte d’éthique et le Code de déontologie qui deviennent des normes morales obligatoires ; enfin le pilier de la sanction, à travers la Charte de régulation, qui donne au CACMES l’autorité nécessaire pour traiter les plaintes et sanctionner les manquements.
En substance, notre attente est que les États reconnaissent le CACMES comme l’autorité normative de la profession en Afrique.
Lire aussi : Togo : 2e édition des JSIC du 3 au 5 décembre 2025, structurer un coaching éthique et fondé sur la science
Nos propositions aux autorités publiques vont d’ailleurs dans ce sens et visent la sécurisation juridique du titre. Nous prévoyons de soumettre un Mémorandum de plaidoyer demandant que le titre de « Coach Professionnel Certifié » devienne une profession officiellement réglementée par la loi ou par décret dans les pays africains, en commençant par le Togo.
Nous proposons également que l’Indice de Professionnalisation du Coach, l’IPC, qui est notre mesure scientifique validée, soit adopté comme seuil légal d’accès à la profession. Cela permettrait d’assurer que la régulation repose sur la preuve et non uniquement sur un diplôme.
Enfin, nous demanderons l’intégration de notre Code de déontologie et de notre Charte de régulation dans le dispositif juridique national, afin que l’usurpation du titre devienne passible de poursuites pénales et civiles.
Les JSIC 2025 sont la rampe de lancement pour faire du coaching en Afrique une profession sécurisée, éthique, et reconnue par la loi.

Au-delà de l’événement, quel impact durable souhaitez-vous que les JSIC 2025 aient sur la professionnalisation du coaching en Afrique ? Et comment envisagez-vous la mise en place de la plateforme panafricaine de recherche ?
Les JSIC 2025 ne sont pas un simple colloque, mais le point de départ d’un mouvement institutionnel permanent destiné à structurer durablement la profession du coaching en Afrique. L’impact que nous visons est triple et profondément structurel, destiné à faire passer le secteur d’un marché encore en développement à une profession pleinement mature et sécurisée.
Nous voulons d’abord que le Label Qualité CACMES, qu’il s’agisse du Label Qualité Praticien ou du Label Qualité Programme, devienne progressivement la norme incontournable sur le continent. Basés sur l’IPC et sur l’ensemble du cadre réglementaire, ces labels doivent s’imposer comme le gage évident d’éthique, de compétence et de rigueur scientifique, de sorte qu’un client ou une entreprise exige spontanément ce label lorsqu’il choisit un coach.
Le deuxième impact durable repose sur l’Indice de Professionnalisation du Coach, l’IPC, conçu comme un véritable accélérateur de professionnalisation. Par sa nature dynamique, il incite naturellement à la formation continue et à une supervision régulière, garantissant que l’excellence ne soit jamais un acquis définitif, mais un processus permanent. Enfin, à long terme, l’objectif le plus déterminant reste l’obtention d’un statut juridique pour la profession. Les JSIC 2025 constituent la rampe de lancement de ce plaidoyer, avec une ambition claire : faire reconnaître légalement la profession dans les États africains et rendre l’usurpation de titre illégale.
Quant à la plateforme panafricaine de recherche, elle représente le garde-fou scientifique du CACMES et nous l’envisageons comme une structure collaborative permanente. Elle sera ancrée dans le réseau des universités partenaires, notamment l’Université de Lomé, l’Université de Kara, et bientôt d’autres institutions à travers le continent, sous la direction de la Commission Recherche du CACMES. Sa mission sera d’aller au-delà de la simple consommation de la science occidentale pour produire un savoir adapté aux réalités africaines. Elle devra étudier, par exemple, l’impact du coaching sur la résilience entrepreneuriale, le leadership propre au contexte africain ou encore l’insertion professionnelle des jeunes.
Pour garantir sa pérennité, nous prévoyons d’activer des partenariats avec des institutions telles qu’UNIPOD, IYBA-SEED, la GIZ, ainsi qu’avec des bailleurs de fonds capables de soutenir financièrement la recherche appliquée. Les données produites viendront nourrir les preuves d’efficacité du coaching et contribueront à l’amélioration continue de l’IPC.
En définitive, les JSIC 2025 ne constituent pas une conclusion, mais bien l’acte de naissance du CACMES en tant qu’autorité normative et scientifique, posant les fondations d’une excellence durable pour la profession du coaching en Afrique.


