(Société Civile Médias) – Savoir lire et écrire est déterminant dans le développement et l’épanouissement de tout être humain. Et ce manque d’instruction pesait lourdement sur les activités génératrices de revenus et constituait l’un des principaux facteurs dans la situation de précarité des femmes du groupement ‘’Mawu Passi’’. Mais depuis quelques mois, le quotidien de ces femmes agricultrices et transformatrices de manioc du village d’Amadenta connaît un tournant grâce aux cours d’alphabétisation fonctionnelle auxquels elles ont pris part dans le cadre du projet « Renforcement de capacités et alphabétisation fonctionnelle des femmes et filles-mères pour leur autonomisation », porté par l’association Femmes Actives pour le Développement et l’Autonomisation (FeADA). Ces cours leur ont permis de développer des compétences en lecture, en écriture, en expression orale en français, en calcul et de réussir progressivement à mieux structurer et maîtriser la gestion de leurs activités génératrices de revenus.
Constituant le deuxième axe du projet, les sessions d’alphabétisation fonctionnelle se sont programmées sur une période de neuf mois. Ces cours d’alphabétisation fonctionnelle sont au bénéfice de dix (10) filles-mères ainsi qu’à vingt (20) femmes agricultrices et transformatrices de manioc, toutes membres du groupement « Mawu Passi » du village d’Amadenta.


En effet, les initiatives menées par l’association FeADA auprès des femmes agricultrices et des filles-mères du village d’Amadenta et des localités voisines ont révélé qu’une proportion significative de ces femmes demeure dans l’incapacité de lire ou d’écrire, et certaines ne parviennent même pas à communiquer leur propre numéro de téléphone sans assistance. Ce déficit de compétences de base, loin d’être anodin, constitue l’un des principaux obstacles à leur autonomisation socioéconomique. Il fragilise la gestion de leurs activités génératrices de revenus, souvent dépourvues de toute forme de comptabilité, et les empêche d’évaluer avec précision les bénéfices ou pertes liés à leurs chaînes de transformation. Cette absence d’outils de suivi les confine dans une précarité chronique, marquée par l’endettement permanent, malgré les efforts considérables qu’elles fournissent au quotidien.

« Plus grave encore, cet analphabétisme a des répercussions sur la scolarité de leurs enfants. Faute de mesurer l’importance de l’éducation, certaines mères préfèrent associer leurs enfants aux travaux champêtres ou aux activités rémunératrices, voire les laissent livrés à eux-mêmes dans la rue. Ces constats appelaient d’urgence des mesures, d’où la nécessité des séances d’alphabétisation fonctionnelle que nous avons initiées dans le cadre de la mise en œuvre du projet », explique Akoura KAMA-DJONNA, présidente de l’association FeADA.
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En quoi a consisté les sessions d’alphabétisation fonctionnelle ?
S’échelonnant sur neuf mois, à raison d’une séance hebdomadaire, les sessions d’alphabétisation fonctionnelle ont permis d’initier les participantes à la lecture, à l’écriture, au calcul et aux opérations de base. Elles visaient ainsi à renforcer leurs compétences essentielles afin de leur permettre de mieux structurer et optimiser la gestion de leurs activités génératrices de revenus.

« Notre objectif était d’offrir à ces femmes les outils fondamentaux nécessaires non seulement pour lire ou écrire, mais aussi pour comprendre et organiser leurs activités économiques », explique Komlan AZIATI, expert en alphabétisation recruté par FeADA.
« Dès les premières séances, poursuit-il, nous avons constaté un réel désir d’apprendre. Beaucoup ne maîtrisaient pas les notions élémentaires de calcul, ce qui les empêchait de suivre leurs dépenses, d’évaluer leurs bénéfices ou même de fixer convenablement les prix de leurs produits. L’alphabétisation fonctionnelle a donc été pensée comme un levier concret pour qu’elles puissent gérer leurs revenus avec plus de discernement et de confiance. ».


D’après l’alphabétiseur Komlan AZIATI, au-delà des apprentissages techniques, cette formation a aussi contribué à renforcer leur estime de soi. Elles se sentent désormais capables d’assumer leurs responsabilités économiques avec davantage d’autonomie, ce qui constitue une étape décisive vers leur autonomisation durable. Pour ce faire, beaucoup reste à faire.

Des impacts concrets sur les femmes
Fortes de ces progrès et de l’accompagnement dont elles ont bénéficié, les participantes expriment aujourd’hui, chacune à sa manière, les transformations tangibles que cette initiative a apportées dans leur quotidien. Leurs témoignages illustrent non seulement l’impact concret du programme, mais aussi la portée humaine et sociale de ce processus d’apprentissage.
« Avant le début des séances, je ne comprenais presque pas le français et je n’osais jamais prendre la parole dans cette langue. Grâce aux cours d’alphabétisation, j’ai commencé non seulement à reconnaître les mots, mais aussi à construire mes propres phrases. Aujourd’hui, je peux m’exprimer petit à petit en français, et cela me donne une grande confiance lorsque je dois échanger avec mes clients », témoigne Amedebo SODOGA, présidente du groupement « Mawu Passi ».
Dans le même élan, d’autres participantes soulignent que cette formation a eu un impact direct sur la gestion de leurs activités économiques et l’organisation de leurs finances personnelles. C’est le cas d’Ayélé, revendeuse de Gari et tapioca, deux produits dérivés du manioc.
« Pour ma part, les séances d’alphabétisation m’ont beaucoup aidée à mieux comprendre la comptabilité de mon petit commerce. Avant, je notais rarement mes dépenses et mes recettes, et je ne savais jamais si je gagnais réellement quelque chose. Aujourd’hui, je suis capable de faire des calculs simples, de tenir un petit cahier de comptes et de planifier mes achats sans me perdre. Grâce à ces apprentissages, j’arrive à mieux organiser ma finance et à éviter les dettes inutiles », confie-t-elle.
Enfin, pour certaines participantes, les acquis de l’alphabétisation ont surtout transformé leur vie quotidienne en leur permettant de gagner en autonomie dans des gestes simples mais essentiels.
« Avant la formation, raconte une autre femme du groupement, je dépendais toujours des autres pour lire un message, comprendre une note ou même reconnaître une étiquette au marché. Aujourd’hui, je peux déchiffrer des mots, relire mes messages moi-même. Je me sens plus indépendante », témoigne une autre bénéficiaire.

Le projet « Renforcement des capacités et alphabétisation fonctionnelle des femmes et filles-mères pour leur autonomisation » est soutenu financièrement par le programme Féminismes, Action et Mobilisation pour une Économie inclusive (FAME). Au-delà des sessions d’alphabétisation fonctionnelle, ce projet a également offert aux bénéficiaires une formation en activités génératrices de revenus (AGR), ainsi qu’un ensemble d’équipements destinés à faciliter la transformation du manioc en divers produits dérivés.
Par ailleurs, l’initiative a permis la construction d’un appâtâmes destiné à accueillir les activités des femmes transformatrices de manioc, ainsi que la mise en œuvre d’actions de sensibilisation aux effets des changements climatiques et à la nécessité de préserver l’environnement, afin de renforcer la résilience des bénéficiaires.


