(Société Civile Médias) – Géologue de formation, Gado Bemah est le Directeur exécutif de l’ONG Science et Technologie Africaines pour un Développement Durable (STADD) et également entrepreneur. Il est le Directeur général de Green Industry Plast-Togo (GIP-Togo), une entreprise spécialisée dans la collecte, le recyclage et la transformation des déchets plastiques. Intervenant à la 3e édition des Journées nationales des géosciences, ce vendredi 30 octobre 2026, il a partagé avec les étudiants les opportunités d’entrepreneuriat dans le secteur minier. Dans cet entretien avec Société Civile Médias, il explique pourquoi les géologues togolais doivent davantage valoriser leurs compétences et oser entreprendre.
Société Civile Médias : Vous avez échangé avec les participants aux Journées nationales des géosciences, notamment les étudiants en géologie, autour de l’entrepreneuriat minier. Quels étaient les principaux points abordés ?
Gado Bemah : Les échanges portaient effectivement sur l’entrepreneuriat, notamment ses enjeux dans le secteur minier et les possibilités de financement dans ce domaine. Fort de mon expérience entrepreneuriale, j’ai partagé mon parcours avec les étudiants afin de leur montrer que la création d’une entreprise repose sur plusieurs fondamentaux.

Il faut d’abord savoir identifier un besoin, puis mener des études préliminaires pour vérifier qu’il correspond à une réalité locale et que la communauté concernée éprouve effectivement le besoin d’une solution. Une fois cette opportunité confirmée, il est nécessaire de la traduire dans un document appelé plan d’affaires. Celui-ci permet d’évaluer la rentabilité de l’activité envisagée et de déterminer si elle peut assurer la viabilité de la future entreprise.
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C’est sur la base de cette analyse que l’on peut décider de concrétiser ou non le projet. Lorsque les conclusions sont favorables, il faut ensuite mobiliser les ressources nécessaires à sa mise en œuvre, notamment les moyens humains, matériels et financiers.
Les ressources humaines sont particulièrement importantes. Il existe souvent autour de nous des personnes disposant de compétences variées qu’il est possible de mobiliser pour faire avancer une initiative. De même, si l’on peut compter sur des personnes disposant de matériels et d’équipements de base, il est possible de les solliciter pour démarrer progressivement l’activité, en attendant de réunir les financements nécessaires.
Une fois ces différents moyens mobilisés, il faut passer à l’action, persévérer et développer les qualités indispensables à la pérennité de son entreprise. Il s’agit notamment de la personnalité, de la résilience, de l’audace et de la persévérance. Un projet est inévitablement confronté à des défis, des obstacles et parfois des échecs. Il faut alors savoir se relever et recommencer. C’est justement la personnalité que l’on forge au cours de cette aventure entrepreneuriale, ainsi que sa capacité d’adaptation, son audace et sa résilience, qui permettent de maintenir le cap et de progresser vers le succès.
Vous évoquez la nécessité pour les jeunes de prendre des initiatives. Pourtant, on constate que beaucoup de géologues togolais s’orientent davantage vers la recherche d’un emploi salarié. Comment expliquez-vous cette situation ?
Aujourd’hui, on ne rencontre pas beaucoup de géologues togolais dans l’entrepreneuriat minier. Beaucoup attendent un concours pour intégrer la fonction publique ou être recrutés dans une entreprise. Les initiatives individuelles restent encore limitées et les jeunes hésitent souvent à entreprendre.
Pourtant, notre pays possède un potentiel géologique important. Qu’il s’agisse du sable, du gravier, des roches destinées à la production de granulats, du marbre, du manganèse, du phosphate, de l’or ou encore du calcaire, il existe de nombreuses possibilités d’activités économiques.

Malheureusement, une grande partie des entreprises qui exploitent les opportunités de ce secteur viennent de l’extérieur. Ce sont elles qui viennent ensuite mobiliser les compétences locales, alors que les Togolais disposent eux aussi des connaissances et des compétences nécessaires pour entreprendre dans ce domaine.
Nos jeunes hésitent à prendre des risques ou ne savent pas toujours comment intégrer ce secteur. Beaucoup pensent qu’il faut nécessairement disposer d’importants capitaux pour entreprendre dans le domaine minier. Pourtant, il est possible de commencer par des démonstrations, des recherches préliminaires et la constitution de dossiers solides pour mobiliser des financements.
De nombreuses entreprises étrangères arrivent avec des projets déjà étudiés et viennent ensuite les concrétiser en mettant en place des activités rentables. Le potentiel économique existe donc, mais nos jeunes ne savent pas toujours comment s’orienter et saisir ces possibilités.
Concrètement, quelles sont les possibilités d’entrepreneuriat qui s’offrent aux géologues togolais ?
Dans le secteur de la géologie, il y a possibilité d’entreprendre. Prenons l’exemple des carrières de sable et de gravier au Togo. Beaucoup de personnes qui y travaillent n’ont pas bénéficié d’une formation scolaire ou universitaire en géologie. Pourtant, les géologues possèdent des connaissances qui pourraient considérablement améliorer ces activités.
Ils savent identifier les différents types de sable, connaître leurs caractéristiques, distinguer les matériaux de bonne qualité de ceux qui le sont moins, maîtriser les principes d’exploitation et prendre en compte les exigences environnementales pour une meilleure gestion des carrières.
Ils disposent donc de connaissances théoriques et techniques qui pourraient être mises au service de ces activités. Malheureusement, ces compétences restent insuffisamment exploitées, tandis que, sur le terrain, certains opérateurs exercent leurs activités sans toujours tenir compte des connaissances et des bonnes pratiques que les géologues pourraient leur apporter.
Les opportunités sont également importantes dans le domaine de l’or. Aujourd’hui, des jeunes et des habitants de certaines localités se lancent dans des activités de recherche et d’exploitation artisanale de l’or. Cela montre bien qu’il existe un potentiel aurifère au Togo.
Dans ce domaine aussi, les géologues pourraient jouer un rôle déterminant. Ils pourraient créer de petites entreprises, sans nécessairement disposer d’équipements lourds, pour accompagner les artisans et les acteurs locaux, mieux organiser leurs activités et contribuer à structurer l’exploitation de l’or. De telles initiatives pourraient également encourager l’État à investir davantage dans ce secteur.

Vous estimez donc que les géologues peuvent jouer un rôle plus important dans la structuration des activités minières artisanales ?
Absolument. Les géologues ont des connaissances et des compétences qui peuvent être directement mises à contribution pour améliorer les activités d’exploitation minière. Ils peuvent accompagner les acteurs locaux, apporter leur expertise technique et environnementale et contribuer à une meilleure organisation de ces activités.
Il ne s’agit pas nécessairement de créer de grandes entreprises dès le départ ou de disposer de moyens financiers considérables. On peut commencer modestement, en identifiant une opportunité, en réalisant les études nécessaires et en mobilisant progressivement les ressources disponibles.
Le véritable problème réside dans la réticence à prendre des initiatives et dans la méconnaissance des possibilités entrepreneuriales qu’offre leur propre domaine de formation.
Quel message souhaitez-vous finalement adresser aux étudiants et aux jeunes géologues à travers cette rencontre ?
C’est précisément pour cette raison que nous avons partagé nos expériences avec les étudiants : leur permettre de mieux s’orienter et de comprendre qu’il est tout à fait possible d’entreprendre dans le domaine des géosciences.
Je pense que ce type de rencontre permet d’éveiller les consciences des jeunes, de leur faire découvrir les possibilités qui existent dans leur domaine de formation et de les encourager à prendre des initiatives. Ils ne doivent pas uniquement envisager leur avenir professionnel à travers la recherche d’un emploi salarié. Ils peuvent aussi devenir des acteurs économiques, créer des entreprises et contribuer au développement du secteur minier togolais.

