(Société Civile Médias) – Directeur exécutif de l’association Eco-Impact et participant au Forum international des jeunes sur la souveraineté alimentaire, qui se déroule depuis le mercredi 6 août à Lomé, Jean-Charles Sossou considère l’agroécologie comme un levier stratégique essentiel à la réalisation de la souveraineté alimentaire.
Pour M. Sossou, l’agroécologie n’est pas seulement une technique agricole, mais une conscience, une éthique de vie, ancrée dans les savoirs traditionnels, les principes écologiques, et enrichie par les apports scientifiques contemporains. Ce positionnement global et systémique est, selon lui, indispensable pour penser durablement la souveraineté alimentaire.
Loin de se limiter à la réduction de l’usage d’intrants chimiques de synthèse, l’agroécologie défendue par le Directeur exécutif de l’association Eco-Impact embrasse la santé des sols, des animaux et des humains, tout en valorisant la biodiversité sous toutes ses formes, notamment biologique, alimentaire, culturelle. Elle repose sur un socle de valeurs sociales, telles que l’équité, la participation, la solidarité et la justice. Autrement dit, elle est à la fois un mode de production, un mouvement social et un outil politique.
La souveraineté alimentaire, un droit fondamental en quête de leviers durables
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La souveraineté alimentaire, telle que définie par La Via Campesina dès les années 1990, repose sur un principe fondamental : le droit des peuples à définir leurs politiques agricoles et alimentaires. Elle se distingue des notions de sécurité alimentaire en insistant sur la maîtrise locale des ressources, des circuits de production et des marchés.
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Jean-Charles Sossou rappelle à juste titre que ce droit est inscrit dans les textes fondateurs des droits humains, notamment l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Toutefois, pour que ce droit devienne réalité, il appelle à une transformation profonde des systèmes alimentaires, transformation dont l’agroécologie constitue le socle incontournable.
Agroécologie et souveraineté alimentaire, un lien indissociable
À la question de savoir comment l’agroécologie contribue concrètement à la souveraineté alimentaire, Jean-Charles Sossou répond avec clarté : l’agroécologie en est la colonne vertébrale. Elle replace l’humain, notamment le paysan, au cœur du système alimentaire, redonne du sens au lien entre production et consommation, et favorise l’autonomie des communautés rurales.
« Nous devons consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons », insiste-t-il, soulignant ainsi la nécessité de relocaliser les systèmes alimentaires.
Parmi les leviers identifiés par M. Sossou, l’agroécologie permet de restaurer la souveraineté des semences, par la création de conservatoires de semences paysannes et la valorisation des pratiques endogènes. Elle permet aussi de réduire la dépendance aux intrants chimiques de synthèse et aux semences importées, en promouvant la fabrication locale de biofertilisants et de bioprotecteurs ; de renforcer la résilience climatique, en favorisant la diversification des cultures (apiculture, agroforesterie, polyculture) et la préservation des écosystèmes.
« L’agroécologie contribue également à stimuler les économies locales, en développant les circuits courts, les marchés territoriaux et l’entrepreneuriat agroécologique. Elle permet de créer des emplois décents, notamment pour les jeunes et les femmes, en valorisant les métiers liés à l’agroécologie et de redonner aux paysans leur rôle central, en les intégrant aux instances décisionnelles et en reconnaissant leur savoir-faire comme source de solutions durables », soutient Jean-Charles Sossou.
Pour que cette synergie entre agroécologie et souveraineté alimentaire prenne corps, le Directeur exécutif de l’association Eco-Impact appelle à un engagement partagé : celui des États, des collectivités locales, de la société civile et des citoyens.
Selon lui, il est impératif d’améliorer l’environnement politique en faveur de l’agroécologie, notamment par des politiques publiques inclusives, la protection des droits des paysans, la sensibilisation des populations et la formation des jeunes générations. C’est à ce prix que pourra s’enraciner une souveraineté alimentaire réelle, fondée non sur la dépendance ou la spéculation, mais sur l’autonomie, la résilience et la solidarité.

