FIJ-SA / Bikiliwé Missa (GIZ) : « Le coût élevé des crédits est un frein important au financement agricole en Afrique »

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(Société Civile Médias) – L’accès au financement agricole reste l’un des principaux freins au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Afrique. Pour mieux comprendre cette problématique, Société Civile Médias a interrogé M. Bikiliwé Missa, conseiller technique en financement de l’agribusiness à la GIZ en marge du Forum international des jeunes sur la souveraineté alimentaire qui se tient cette semaine à Lomé, au Togo. Dans cette interview, il livre un diagnostic précis, identifie les obstacles majeurs, et propose des pistes pour un soutien financier plus efficace, notamment pour les jeunes et les femmes.

Société Civile Médias : Bonjour M. Missa

Bikiliwé Missa : Bonjour Société Civile Médias

Comment évaluez-vous l’accès au financement agricole pour les entrepreneurs agroalimentaires en Afrique ?

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L’accès au financement agricole pour les entrepreneurs agroalimentaires en Afrique reste un défi majeur. Bien que plusieurs mécanismes financiers existent, ils ne répondent pas toujours aux besoins spécifiques des petites et moyennes entreprises du secteur, notamment en termes de conditions, de flexibilité et d’adaptabilité. Les produits financiers traditionnels sont souvent inaccessibles ou mal adaptés aux réalités du terrain, ce qui freine le développement des exploitations agricoles et des entreprises agroalimentaires.

Certaines initiatives, comme celles menées par la coopération allemande à travers la GIZ au Togo, montrent qu’il est possible de collaborer avec les institutions financières pour concevoir des produits mieux adaptés. Cependant, à l’échelle continentale, il reste crucial de renforcer ces efforts, d’élargir l’offre de solutions financières diversifiées et d’améliorer l’accompagnement des entrepreneurs afin de faciliter un accès plus inclusif et durable au financement agricole.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles structurels ou institutionnels qui freinent le financement efficace du secteur agroalimentaire en Afrique ?

Les obstacles sont nombreux et se situent à plusieurs niveaux. D’abord, au niveau des États, il y a un réel besoin d’initiatives fortes en matière de réglementation et d’organisation des chaînes de valeur nationales. Il faut identifier précisément quelles filières ont un fort potentiel et les soutenir activement. Ensuite, les institutions financières doivent revoir à la baisse les taux d’intérêt et les coûts de crédit pour rendre ces produits accessibles à un plus grand nombre d’agriculteurs et de PME agroalimentaires. Le coût élevé des crédits est un frein important. Enfin, il faut aussi prendre en compte le manque d’information et de sensibilisation des porteurs de projets sur les mécanismes financiers disponibles.

Les institutions financières africaines sont-elles suffisamment outillées pour accompagner durablement les porteurs de projets agroalimentaires, notamment les jeunes et les femmes ?

Aujourd’hui, certaines institutions ont développé des outils pour accompagner ces porteurs de projets, mais leur capacité reste encore limitée. La clé est aussi dans le porteur de projet lui-même. Il doit renforcer ses compétences, non seulement dans le domaine de son activité agricole, mais aussi dans la gestion, la recherche d’information et l’éducation financière. Un porteur de projet bien préparé, qui comprend son modèle d’affaires et sait présenter son projet clairement, augmente considérablement ses chances d’obtenir un financement. Il ne suffit pas d’avoir accès aux fonds, il faut aussi savoir convaincre les financeurs de la viabilité et de la crédibilité du projet.

Quelles stratégies ou réformes structurelles recommanderiez-vous pour améliorer l’environnement du financement agricole et stimuler l’entrepreneuriat agroalimentaire en Afrique ?

Je recommande d’abord que les États prennent un rôle plus proactif dans la structuration et l’accompagnement des chaînes de valeur à fort potentiel. Cela passe par des politiques publiques claires et des cadres réglementaires favorables. Ensuite, la réduction des coûts liés aux crédits, notamment les taux d’intérêt, est indispensable pour rendre le financement plus accessible. Il faut également investir dans la formation des porteurs de projets, notamment les jeunes et les femmes, pour renforcer leurs capacités en gestion et en éducation financière. Enfin, le développement de produits financiers innovants, spécifiquement conçus pour répondre aux contraintes du secteur agricole, doit être encouragé.

Avez-vous un dernier message à adresser aux jeunes qui souhaitent s’investir dans l’agriculture ?

L’agriculture est un secteur exigeant qui demande engagement et investissement. Ce n’est plus comme autrefois où l’on se contentait d’aller au champ sans outils ni stratégie. Aujourd’hui, il faut investir intelligemment, moderniser les pratiques et surtout accéder à des financements adaptés. Je souhaite que la jeunesse s’intéresse davantage à ce secteur vital, car il offre de nombreuses opportunités, mais il faut être prêt à relever les défis et à se former continuellement.

Propos recueillis par Amen Tewou