Togo : selon une étude de la COFET, les femmes restent marginalisées dans la transition énergétique

Komi TOMEGAH
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(Société Civile Médias) – Malgré l’existence d’un cadre juridique favorable à l’égalité de genre, les femmes demeurent largement marginalisées dans l’accès aux opportunités et aux retombées de la transition énergétique au Togo. C’est ce que révèle une étude de base sur le Genre et la Transition énergétique réalisée dans le cadre du « Projet de plaidoyer pour l’effectivité de l’intégration du genre dans les politiques publiques liées à la transition énergétique et à l’économie verte au Togo ». Les conclusions de cette étude ont été examinées et validées par les différentes parties prenantes lors d’un atelier organisé le 30 avril 2026 à Lomé.

Il faut rappeler que le « Projet de plaidoyer pour l’effectivité de l’intégration du genre dans les politiques publiques liées à la transition énergétique et à l’économie verte au Togo » est mis en œuvre par un consortium conduit par la Coordination des Organisations Féminines du Togo (COFET). Ce consortium regroupe également le Cercle de Liaison et d’Entraide Féminine (CLEF), FELEADEC et la Campagne des Femmes. Le projet bénéficie de l’appui financier de West Africa Civil Society Institute (WACSI), à travers le programme « Féminisme, Actions et Mobilisation pour une Économie inclusive » (FAME).

Vue partielle des participants à l’atelier de validation.

D’une durée de 12 mois, cette initiative ambitionne de renforcer l’autonomisation économique des femmes en intégrant les enjeux liés à la transition énergétique et écologique, tout en contribuant à la réduction des inégalités structurelles qui limitent leur pleine participation au développement. Le projet s’articule autour de trois principaux axes d’intervention : le plaidoyer, le renforcement des capacités et la sensibilisation.

À travers des audiences, des cadres de concertation et des rencontres d’échanges, le projet entend amener les décideurs politiques à accorder une plus grande attention aux questions de genre dans les politiques de transition énergétique et écologique. Il plaide notamment pour un meilleur accès des femmes aux financements verts, l’intégration effective de l’approche genre dans les politiques publiques du secteur, ainsi que l’élaboration d’un programme national de référence assorti d’une ligne budgétaire dédiée.

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Que révèle les résultats de l’étude ?

L’étude met en évidence un paradoxe majeur : alors que le Togo dispose d’un cadre politique et juridique relativement favorable à l’égalité de genre, les femmes restent encore peu prises en compte dans les politiques et initiatives liées à la transition énergétique et à l’économie verte. Entre ambitions institutionnelles et réalités du terrain, plusieurs insuffisances structurelles continuent de freiner leur pleine participation au secteur.

L’étude souligne par ailleurs que le Togo a réalisé des avancées importantes en matière d’égalité de genre. La Constitution togolaise consacre le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, tandis que la Politique nationale pour l’équité et l’égalité de genre (PNEEG) fixe des orientations stratégiques claires dans ce domaine. Le pays est également engagé dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 5 relatif à l’égalité des sexes et l’ODD 7 consacré à l’accès à une énergie propre et durable.

Dans les administrations publiques, des Cellules focales genre ont été mises en place au sein des ministères, et la budgétisation sensible au genre est officiellement intégrée dans les mécanismes de planification publique.

« Cependant, l’étude révèle que ces dispositifs restent, dans la pratique, peu efficaces. L’intégration du genre demeure souvent déclarative dans les projets énergétiques, sans réelle prise en compte dès la phase de conception. Les Cellules focales genre souffrent d’un manque de ressources, de moyens d’action et d’influence institutionnelle. À cela s’ajoute l’insuffisance de données désagrégées par sexe dans le secteur énergétique, ce qui limite l’évaluation réelle des inégalités et l’élaboration de politiques adaptées. L’étude note également que les mécanismes de financement existants demeurent largement inadaptés aux réalités économiques et sociales des femmes », indique Léopold Kokou WUSSU, consultant chargé de l’étude.

Des chiffres qui traduisent les inégalités persistantes

Les données recueillies dans le cadre de l’étude mettent en lumière plusieurs disparités préoccupantes. Environ 70 % des ménages togolais dépendent encore du bois de chauffe pour leurs besoins énergétiques domestiques, une situation qui affecte particulièrement les femmes, principales responsables des tâches ménagères.

L’accès des femmes aux financements formels demeure également très limité, avec seulement 20 à 25 % d’entre elles ayant accès au crédit bancaire ou aux mécanismes de financement structurés. Sur le plan de la représentation politique, les femmes occupent seulement 18 % des sièges à l’Assemblée nationale et entre 17 et 20 % des postes dans les conseils municipaux, traduisant leur faible présence dans les espaces de décision.

Travaux de groupe lors de l’atelier de validation.

Cinq blocages structurels identifiés

L’étude identifie cinq principaux obstacles qui freinent l’intégration effective du genre dans les politiques de transition énergétique et d’économie verte au Togo.

Le premier concerne les normes sociales et culturelles, marquées par une division sexuée du travail qui réduit le temps disponible et la mobilité des femmes. Le deuxième obstacle est d’ordre économique, avec une exclusion persistante des femmes des mécanismes de financement formels en raison de conditions souvent inadaptées à leurs réalités.

L’étude évoque également des limites techniques, plusieurs solutions énergétiques étant conçues sans tenir compte des besoins spécifiques et des usages féminins. À cela s’ajoutent des faiblesses institutionnelles, notamment le manque de moyens accordés aux Cellules focales genre, souvent peu influentes dans les processus décisionnels. Enfin, le déficit de participation des femmes dans les instances de gouvernance énergétique constitue un frein majeur à une transition énergétique inclusive.

Les recommandations formulées aux décideurs

Au regard des constats établis, l’étude formule plusieurs recommandations à l’endroit des autorités publiques et des acteurs du secteur. Elle appelle notamment à l’instauration de quotas de représentation des femmes dans les instances de gouvernance énergétique et à la création de mécanismes de financement spécifiquement adaptés aux femmes entrepreneures évoluant dans l’économie verte.

La représentante du ministère en charge du Genre.

L’étude recommande également de rendre obligatoire l’intégration du genre dans tous les projets énergétiques publics ou financés par des partenaires, de mettre en place un système de suivi-évaluation reposant sur des données désagrégées par sexe, ainsi que de renforcer les capacités et le positionnement institutionnel des Cellules focales genre au sein des ministères sectoriels.

Saluant la pertinence et la qualité des conclusions de l’étude, la représentante du ministère chargé du Genre a souligné que ce document constitue un outil d’orientation important pour les pouvoirs publics dans la promotion d’une meilleure intégration du genre dans les politiques liées à la transition énergétique et à l’économie verte au Togo.

« Cette étude constitue un véritable appel à renforcer la réflexion et les actions en faveur d’une transition énergétique et écologique plus inclusive. Elle interpelle l’ensemble des acteurs, notamment les pouvoirs publics, sur la nécessité de mettre en place des mécanismes permettant aux femmes togolaises de bénéficier pleinement des opportunités offertes par l’économie verte », a-t-elle déclaré.

À noter qu’au-delà de la validation des résultats de cette étude de base sur le genre et la transition énergétique au Togo, le projet prévoit plusieurs autres activités destinées à renforcer le plaidoyer et la sensibilisation autour de cette problématique.

Ainsi donc, deux sessions de renforcement des capacités seront notamment organisées. La première ciblera une dizaine de médias ainsi que cinq influenceurs, afin de renforcer la communication et la sensibilisation sur les enjeux liés au genre et à la transition énergétique. La seconde session, associée à des actions de plaidoyer, concernera 16 sénatrices et 21 femmes parlementaires, avec pour objectif de leur fournir des informations approfondies sur la question afin de favoriser une meilleure prise en compte de l’approche genre dans l’examen et l’adoption des projets de loi soumis au Sénat et à l’Assemblée nationale.