(Société Civile Médias) – À l’occasion de ses cinq années d’existence, AfrikElles célèbre un parcours marqué par l’engagement en faveur des droits des femmes et des filles. Né d’une initiative modeste devenue une structure organisée, ce média s’est progressivement affirmé comme un espace d’expression et de valorisation de ces dernières, avec un engagement constant sur les questions de genre, de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre les violences basées sur le genre. Cinq ans après ses débuts, Eugénie Egnoname Gadedjisso Tossou, Directrice d’AfrikElles, revient sur une aventure faite de défis, de croissance et d’apprentissage. À travers cette interview, elle évoque les impacts du média, les difficultés rencontrées, ainsi que les perspectives d’avenir d’un projet qui ambitionne désormais une portée panafricaine.
Cinq ans après sa création, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
Cinq ans pour AfrikElles, c’est avant tout une profonde reconnaissance envers Dieu. Dans un paysage médiatique encore exigeant, le parcours d’une femme à la tête d’un média reste un véritable défi. Mais nous avons fait le choix d’emprunter cette voie avec détermination. Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu pour la grâce qui nous a accompagnées depuis le début de cette aventure.

Nous exprimons également notre gratitude à l’ensemble de nos partenaires, aux institutions et aux organisations de la société civile qui nous ont accordé leur confiance. Car au-delà de notre engagement, il est essentiel que ce travail soit reconnu et soutenu. Sans cet appui, de telles initiatives risquent de s’essouffler. Nous remercions donc toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, nous accompagnent dans cette mission.
- Advertisement -
Comment le média a-t-il évolué depuis ses débuts ?
Tout est parti d’une initiative simple, depuis ma chambre, avec un ordinateur. Nous avons commencé par rédiger des articles et couvrir quelques activités au fur et à mesure des opportunités. Aujourd’hui, le parcours est tout autre : nous disposons d’une équipe structurée, de plusieurs ordinateurs et d’un bureau physique. C’est une évolution que nous mesurons avec beaucoup de satisfaction.

D’année en année, nous avons observé une amélioration continue de notre travail, portée par une vision qui se consolide et par la confiance grandissante de nos partenaires et de notre public. Une véritable équipe s’est construite autour du projet, ce qui renforce notre capacité d’action.
Par ailleurs, notre présence sur le terrain s’est considérablement accrue. Ceux qui ne nous connaissaient pas hier nous découvrent aujourd’hui, et ceux qui ne nous connaissent pas encore nous connaîtront demain. C’est un travail quotidien, porté par la persévérance et la conviction.
Quel impact concret AfrikElles a-t-il eu sur les femmes et les jeunes filles ?
Pour illustrer cet impact, je peux citer un exemple concret. L’année dernière, nous avons réalisé une interview avec une jeune Togolaise vivant aux États-Unis, candidate à une bourse d’études dans le cadre de ses recherches en sciences du sol. Elle nous avait contactés dans le but de donner davantage de visibilité à ses travaux à l’international. Nous avons accepté de l’accompagner à travers cet entretien.


Quelques temps après, elle nous a confié que cette visibilité lui avait permis d’obtenir une bourse pour financer son doctorat. C’est un exemple parmi d’autres qui illustre l’impact concret de notre travail.
AfrikElles s’inscrit dans une dynamique de valorisation des femmes et des filles. Nous mettons en lumière leurs initiatives, leurs parcours, mais aussi des thématiques souvent peu abordées au quotidien. Nous sommes convaincues que cette démarche contribue à un changement de regard et de comportement, tout en nourrissant le débat public. Cet impact existe déjà, et il mérite d’être renforcé et amplifié.
Quels ont été les principaux défis rencontrés durant ces 5 années ?
Les principaux défis auxquels nous avons été confrontées tiennent d’abord à la réalité d’une structure jeune. Il s’agit notamment de l’expérience en gestion, de la capacité à fédérer autour d’une vision commune, mais aussi de la mobilisation des ressources nécessaires à notre fonctionnement et à notre survie. Ce sont des défis constants que nous avons dû apprendre à relever au fil du temps.

En tant que média, l’accès aux équipements et aux outils de travail n’est pas toujours évident. Toutefois, avec la grâce de Dieu, nous avançons et continuons de produire du contenu avec les moyens dont nous disposons, aussi limités soient-ils.
Un autre défi majeur concerne la parole des femmes elles-mêmes. Dans le cadre de nos travaux sur les violences faites aux femmes et aux filles, il est essentiel de libérer la parole des victimes et de leur permettre de s’exprimer sans crainte. Favoriser cet espace d’expression fait pleinement partie de notre mission, mais cela reste un travail délicat et exigeant au quotidien.
Quel héritage et quelles ambitions pour les cinq prochaines années ?
L’ambition d’AfrikElles est de devenir un média panafricain porté et dirigé par des femmes. C’est une vision dans laquelle nous nous inscrivons pleinement et que nous travaillons à concrétiser progressivement.

Nous souhaitons, à terme, étendre nos activités et notre influence à d’autres pays du continent, tout en renforçant notre présence sur les réseaux sociaux à travers la production de contenus audiovisuels de qualité.
Pour marquer les cinq ans de votre média, vous avez choisi d’organiser un panel d’échanges autour du thème « Le féminisme : déconstruire les stéréotypes pour mieux comprendre l’égalité ». Pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
Nous avons choisi ce thème parce qu’il nous semble essentiel, aujourd’hui plus que jamais, de clarifier et de déconstruire les nombreuses idées reçues autour du féminisme. Dans nos sociétés, ce mot est encore souvent mal compris, parfois réduit à des stéréotypes ou à des perceptions négatives qui ne reflètent pas sa véritable essence.



Or, pour nous, le féminisme renvoie avant tout à la recherche d’égalité, de justice et de dignité entre les femmes et les hommes. Il nous a donc paru important, pour marquer les cinq ans d’AfrikElles, de créer un espace de dialogue et de réflexion autour de cette notion afin de mieux l’expliquer et de la replacer dans son véritable contexte.
À travers ce panel, nous voulons encourager une meilleure compréhension du féminisme, favoriser les échanges et contribuer à déconstruire les préjugés qui freinent encore l’avancée de l’égalité. C’est également une manière pour AfrikElles de poursuivre sa mission d’information et de sensibilisation sur les droits des femmes et des filles.
