(Société Civile Médias) – Alors que l’espérance de vie progresse sur le continent, l’Afrique doit adapter ses systèmes de santé, de protection sociale et de participation citoyenne aux réalités d’une population vieillissante. À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, célébrée ce 1er octobre 2026, Mawuko Anani EKUHOHO, Président Fondateur de l’ONG ANAVIE et Analyste Expert en santé et Vieillissement, appelle à faire de la longévité une priorité des politiques publiques, fondée sur les droits, la dignité et l’inclusion des personnes âgées.
L’allongement de l’espérance de vie constitue, selon M. EKUHOHO, « l’une des grandes conquêtes humaines de notre temps ». Une évolution qui traduit les progrès réalisés dans le domaine de la santé publique, la lutte contre certaines maladies et l’amélioration des conditions de vie.
Mais pour le Président Fondateur de l’ONG ANAVIE, cette évolution démographique doit également pousser les États africains à revoir leurs politiques.
« En Afrique, cette avancée ne peut être regardée uniquement comme une victoire démographique. Elle constitue également un test majeur pour nos systèmes de gouvernance, de solidarité et de protection des droits humains », estime-t-il.
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Le thème de la Journée internationale des personnes âgées 2026, « L’âge de la longévité : repenser les systèmes pour une vie plus longue », invite ainsi, selon lui, à dépasser une approche strictement médicale ou assistancielle du vieillissement.
« Vivre plus longtemps ne suffit pas. Encore faut-il vivre dans la santé, la sécurité, l’autonomie, la participation sociale et la dignité », insiste Mawuko Anani EKUHOHO.
Pour l’Analyste Expert en santé et Vieillissement, la question n’est désormais plus de savoir si les sociétés africaines vont vieillir, mais de déterminer si elles seront capables d’anticiper cette évolution.
« La question n’est plus de savoir si nos sociétés vieilliront, mais si elles sauront construire, à temps, les conditions d’un vieillissement digne, actif, protégé et inclusif », affirme-t-il.
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L’Afrique reste souvent présentée comme un continent jeune. Cette réalité ne doit toutefois pas masquer l’augmentation progressive du nombre de personnes âgées et la diversité de leurs situations. Certaines personnes âgées restent actives dans la vie familiale, communautaire, économique ou spirituelle. D’autres sont confrontées aux maladies chroniques, au handicap, à la pauvreté, à l’isolement, à la dépendance ou à l’absence de revenus réguliers. Les femmes âgées peuvent, en outre, être exposées à plusieurs formes de discrimination, de violence, de négligence ou d’exclusion.
Dans ce contexte, Mawuli EKUHOHO estime que « toute politique sérieuse du vieillissement doit partir de cette diversité des situations et reconnaître les personnes âgées comme des titulaires de droits, et non comme de simples bénéficiaires d’assistance ».
La famille ne peut pas tout porter
Le Président Fondateur de l’ONG ANAVIE relève également les transformations qui fragilisent les solidarités traditionnelles. Urbanisation, pauvreté, migrations, chômage, crises sanitaires et changements climatiques affectent progressivement les mécanismes familiaux de protection.
« Continuer à faire reposer la protection des aînés presque exclusivement sur la famille revient à ignorer les transformations profondes de nos sociétés », souligne-t-il.
Pour lui, l’enjeu est donc systémique. Les politiques du vieillissement doivent prendre en compte non seulement la santé, mais aussi la protection sociale, le logement, les transports, l’accessibilité, l’éducation tout au long de la vie, la justice, les technologies numériques et la participation citoyenne.
Des politiques élaborées avec les personnes âgées
Ancien membre Expert du Groupe de Travail de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), Mawuko Anani Ekuhoho insiste sur la nécessité d’une approche fondée sur les droits. Il rappelle notamment que le cadre normatif africain prévoit déjà des dispositions relatives à la lutte contre la discrimination, à la protection sociale, à l’accès aux soins, à l’autonomie, à la participation et à la dignité des personnes âgées.
Mais l’adoption de textes ne suffit pas. « L’enjeu n’est donc pas seulement d’adopter des textes, mais de les traduire en politiques effectives, en budgets, en services accessibles et en mécanismes de suivi capables de produire des résultats concrets dans la vie quotidienne des aînés », fait-il valoir.
Il appelle surtout à une plus grande implication des personnes âgées dans les décisions qui les concernent.
« Les politiques du vieillissement doivent être élaborées avec les personnes âgées, et non seulement pour elles », affirme le responsable de l’ANAVIE.
À ses yeux, leurs organisations doivent être soutenues et leur voix entendue dans les instances locales, nationales et régionales. Il plaide également pour une meilleure production des données relatives à leurs conditions de vie, estimant que « sans données fiables, les personnes âgées demeurent invisibles ; sans participation, les politiques risquent de manquer leur cible ».
Mawuko Anani A. Ekuhoho appelle enfin les États africains à anticiper les conséquences du vieillissement plutôt que d’attendre que celui-ci devienne une crise sociale et sanitaire.
« Il est temps d’adopter et de mettre en œuvre des politiques nationales ambitieuses sur le vieillissement, de renforcer la protection sociale, de garantir l’accès aux soins, de combattre l’âgisme, de soutenir les aidants et d’assurer la participation effective des aînés à toutes les décisions qui les concernent », lance-t-il.

