FIJ-SA : Souveraineté alimentaire en Afrique, pourquoi les jeunes et les femmes peinent-ils à y contribuer ?

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(Société Civile Médias) – Malgré leur rôle central dans les systèmes agricoles africains, les jeunes et les femmes restent en marge des politiques publiques et des dispositifs de financement. Réunis à Lomé dans le cadre du Forum international des jeunes sur la souveraineté alimentaire (FIJ-SA), experts et acteurs de terrain ont dressé un constat sans détour et appelé à leur fournir le soutien nécessaire afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle pour l’effectivité de la souveraineté alimentaire.

Les discussions ont tout d’abord permis de mettre en exergue une problématique structurelle majeure : la difficulté pour les femmes agricultrices d’accéder aux financements.

Intervenante lors du panel, Nimpoa Nakpergou, entrepreneure agricole et vice-présidente de la CTOP (Coordination Togolaise des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles), a souligné que les établissements bancaires manifestent fréquemment une certaine réticence à accorder des crédits aux femmes évoluant dans le secteur agricole, craignant qu’elles ne soient pas en mesure de rembourser les sommes empruntées.

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Noumpoa Nakpergou, entrepreneure agricole et vice-présidente de la CTOP.

« En raison des nombreuses contraintes auxquelles elles sont confrontées dans l’exercice de leurs activités telles que l’irrégularité des précipitations ou encore les aléas climatiques qui compromettent fortement la productivité agricole, les institutions financières doutent de leur capacité de remboursement. Par conséquent, elles hésitent à leur accorder des prêts », a-t-elle déploré.

Par ailleurs, Mme Nakpergou a attiré l’attention sur le fait que, même lorsque des mécanismes de financement existent, les ressources allouées ne parviennent pas toujours aux principales bénéficiaires, en l’occurrence les femmes, pourtant majoritaires (plus de 50%) dans le secteur agricole. Cela limite considérablement l’impact escompté de ces dispositifs sur le terrain.

Elle a également exprimé ses regrets quant à l’insuffisante implication des femmes agricultrices dans l’élaboration des politiques agricoles nationales, les maintenant ainsi en marge des décisions qui les concernent directement.

S’agissant des jeunes, Mme Nakpergou a également pointé du doigt les carences du système éducatif, en particulier dans l’enseignement supérieur agricole, qu’elle juge trop théorique et déconnecté des réalités du terrain.

« Plutôt que d’enseigner aux étudiants en agronomie des savoir-faire concrets applicables sur le terrain, on leur transmet essentiellement des discours conceptuels. Ainsi, une fois déployés dans les zones rurales, beaucoup éprouvent des difficultés à effectuer les gestes techniques de base tels que tracer des sillons ou réaliser les semis », a-t-elle vivement critiqué.

Favoriser l’engagement des femmes et des jeunes

Pour remédier à cette situation, plusieurs pistes de solutions ont été évoquées. Pascal Agbové, expert en entrepreneuriat, a notamment plaidé pour un changement profond de mentalité chez les jeunes.

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Pascal Agbové, expert en entrepreneuriat.

« Lorsqu’ils poursuivent des études agricoles en milieu urbain, puis sont affectés en zones rurales, beaucoup ressentent une forme de honte à exercer ce métier pourtant noble. Cette perception doit impérativement évoluer », a-t-il affirmé.

Il a appelé à une revalorisation du secteur agricole, qui doit être perçu non comme une voie par défaut, mais comme un véritable choix de carrière, porteur de dignité et de perspective.

« L’agriculture est en mesure, à elle seule, de fournir des opportunités d’emploi à un très grand nombre d’Africains », a-t-il insisté.

Par ailleurs, M. Agbové a souligné l’importance de renforcer la recherche scientifique afin de mieux accompagner les producteurs, de promouvoir l’agroécologie ainsi que l’innovation en matière de productivité. Il a également préconisé la mise en place de mécanismes de financement alternatifs, plus adaptés aux réalités locales, et a insisté sur la nécessité de développer un écosystème de gestion efficace, au service des agriculteurs, qui doivent être reconnus comme de véritables entrepreneurs à part entière.

Amen TEWOU