(Société Civile Médias) – En Afrique, plus de 50 % de la population dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Le secteur constitue d’ailleurs l’un des piliers de l’économie. Pourtant, derrière ce rôle vital, une réalité préoccupante persiste : l’accès au financement agricole reste semé d’embûches. Entre taux d’intérêt prohibitifs, exigences bancaires strictes et garanties introuvables, les obstacles sont nombreux. Au Forum international des jeunes sur la souveraineté alimentaire (FIJ-SA) qui se tient à Lomé, experts et acteurs du monde agro-financier ont dressé un bilan et avancé des pistes pour inverser la tendance.
Des obstacles qui étouffent les ambitions agricoles
Lors d’une table-ronde consacrée aux financements agricoles et aux entrepreneurs agroalimentaires, les échanges ont permis de dégager deux priorités : établir un diagnostic précis de la situation et proposer des solutions adaptées.

À en croire le Professeur Mamadou Goïta, Directeur exécutif de l’Institut de Recherche et de Promotion des Alternatives en Développement (IRPAD/Afrique), les freins sont multiples :
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« Les crédits sont difficiles à obtenir, les taux d’intérêt sont élevés et les institutions de microfinance imposent de nombreuses conditions. Au Burkina Faso, par exemple, les banques appliquent un taux de 2,8 %, auquel s’ajoutent la TVA et divers frais. Au final, l’agriculteur se retrouve avec un coût de remboursement avoisinant les 20 %. À cela s’ajoute la question des garanties, souvent impossibles à fournir pour de nombreux exploitants », déplore-t-il.
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Poursuivant sur cette analyse, Amivi Eza, Cheffe du Service de la microfinance et de l’inclusion financière à la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), explique que ces conditions trouvent leur origine dans les charges supportées par les institutions elles-mêmes.

« L’épargne qu’elles mobilisent a un coût, auquel s’ajoutent les charges de personnel et les frais de fonctionnement. Ces éléments justifient, en partie, les conditions élevées imposées aux emprunteurs. ».
Des initiatives régionales… mais encore insuffisantes
Face à cette situation, plusieurs mesures ont été prises au niveau régional. La BCEAO, en collaboration avec la Banque mondiale, a élaboré une stratégie d’inclusion financière visant à élargir l’accès aux services bancaires aux populations exclues, notamment les personnes handicapées, les femmes et les jeunes. En 2016, les ministres de l’UEMOA (Union économique et monétaire Ouest-africain) se sont réunis pour aborder cette problématique et, en mars dernier, des actions ciblées ont été annoncées pour faciliter l’accès aux financements dans les zones rurales.
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Cependant, pour Bikiliwè Missa, conseiller technique en financement de l’agribusiness, ces efforts doivent être renforcés.
« Il est très important que nos Etats mettent en place des actions claires pour organiser les règles autour de l’agriculture et mieux structurer les différentes étapes de production. Ils doivent aussi identifier les filières agricoles qui ont le plus de potentiel pour réussir, afin de leur offrir un soutien adapté à leurs besoins spécifiques ».
De plus, M. Missa juge indispensable de revoir à la baisse les taux d’intérêt et le coût des crédits afin de les rendre réellement accessibles aux exploitants et aux PME agricoles.

Comment adapter un projet pour obtenir un financement ?
Le Professeur Mamadou Goïta explique clairement ce point essentiel.
Tout commence par le type de projet que l’on souhaite développer : production halieutique, production animale, transformation alimentaire, etc. Il est important d’être très précis sur le segment visé. Ensuite, il faut réaliser une étude complète de l’environnement dans lequel le projet va s’inscrire, afin de bien comprendre les besoins et le marché.
Le document présenté aux banques doit être solide et convaincant, c’est-à-dire « bancable ». Cela signifie qu’il doit prouver qu’il y a un maillon économique réel et un marché sûr pour le produit ou le service.

Le Professeur insiste sur le fait que le projet doit démontrer sa rentabilité. Le banquier veut voir une étude financière sérieuse, surtout un calcul qui montre que le projet rapportera assez d’argent pour rembourser le prêt.
« La qualité du dossier, la précision des études et la clarté du plan financier sont les clés pour convaincre les banques d’octroyer un financement », conclu-t-il.
Amen TEWOU

