(Société Civile Médias) – La transition alimentaire en Afrique de l’Ouest ne doit pas être perçue uniquement comme une menace. Si elle s’accompagne de changements qui peuvent fragiliser la santé et bouleverser les systèmes alimentaires, elle peut aussi ouvrir la voie à de nouvelles pratiques favorables à une alimentation plus saine et durable. C’est l’une des principales idées défendues par Dr Sam Bodjrenou, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, lors de sa présentation sur les dynamiques des transitions alimentaires en Afrique au colloque sous-régional de Lomé sur la transition alimentaire et les enjeux nutritionnels.
D’après Dr Bodjrenou, la transition alimentaire correspond notamment au passage progressif d’une alimentation traditionnelle, largement fondée sur les ressources locales, vers une alimentation davantage industrialisée. Une évolution qui s’accompagne de la progression d’aliments riches en sucre, en matières grasses et en sel, mais aussi de changements dans les modes de vie, devenus progressivement plus sédentaires.
Ces transformations ont des conséquences bien connues sur la santé.
« La transition elle-même n’est pas bien menée », estime l’enseignant-chercheur, en évoquant l’augmentation des maladies non transmissibles, de l’hypertension, du diabète, du surpoids, de l’obésité et de certains cancers.
- Advertisement -

Pour autant, Dr Sam Bodjrenou invite à éviter une lecture exclusivement négative du phénomène.
« L’idée n’est pas de considérer la transition alimentaire comme négative et de la rejeter, mais de voir comment l’adapter, comment la rendre plus positive afin d’en tirer le meilleur parti », souligne-t-il.
Parmi les évolutions susceptibles d’être porteuses d’opportunités, il cite notamment l’intérêt croissant des consommateurs pour les produits biologiques. Ce changement de comportement peut contribuer à promouvoir l’agriculture biologique et l’agroécologie, et donc à favoriser des systèmes de production davantage orientés vers la durabilité.
La mondialisation peut également avoir certains effets positifs sur l’alimentation, selon le chercheur. L’ouverture des marchés permet notamment d’accéder à des produits qui restent peu disponibles dans certains territoires. Il évoque à ce titre le cas des produits laitiers, dont la consommation demeure faible dans certaines régions d’Afrique, alors qu’ils peuvent contribuer à répondre à certains besoins nutritionnels.

L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre les influences extérieures et la valorisation des ressources alimentaires locales. M. Bodjrenou pense donc que cette transition doit être pensée à l’échelle de l’ensemble du système alimentaire. La production, la transformation, la distribution, les politiques publiques, mais aussi les comportements des consommateurs doivent être pris en compte.
« Si les consommateurs sont conscients de ce qu’ils mangent, de la valeur nutritionnelle des aliments qu’ils consomment et qu’ils privilégient les produits nutritifs et sains, cela peut dynamiser toute la chaîne de valeur », explique-t-il.
L’éducation nutritionnelle apparaît ainsi comme l’un des leviers essentiels selon le communicateur. En développant la capacité des consommateurs à faire des choix alimentaires éclairés, il devient possible d’agir non seulement sur les habitudes de consommation, mais aussi sur l’offre disponible sur les marchés.
Pour Dr Sam Bodjrenou, la transition alimentaire doit donc être accompagnée plutôt que subie.
