(Société Civile Médias) – Peut-on établir un lien entre les pratiques agricoles et la progression du diabète en Afrique de l’Ouest ? C’est la question soulevée par Dr Mlatovi Dégbé, spécialiste en biologie cellulaire et biochimie appliquée, lors du colloque sous-régional consacré à la transition alimentaire et aux enjeux nutritionnels en Afrique de l’Ouest. Dans sa communication, le chercheur s’est intéressé à un facteur souvent moins présent dans les discussions sur le diabète : l’exposition aux pesticides à travers les aliments issus de l’agriculture conventionnelle.
Pour comprendre cette relation, le Dr Dégbé replace d’abord la question dans le contexte plus large de la transition alimentaire. Les habitudes de consommation ont profondément évolué en Afrique de l’Ouest, avec le recul progressif de certains aliments traditionnels au profit de produits importés et davantage transformés. Cette transformation de la demande entraîne à son tour une évolution des modes de production agricole, avec la recherche de rendements plus importants et le recours accru aux intrants.
Parmi ces intrants figurent les pesticides, utilisés pour protéger les cultures contre les insectes, les champignons ou encore les mauvaises herbes. Le problème, souligne le spécialiste, est que les substances utilisées dans les champs peuvent laisser des résidus sur les produits destinés à la consommation.
« Ce qu’on a mis sur les aliments, ce qu’on a mis sur les plantes, dans les champs, finit toujours par se retrouver dans nos assiettes », affirme-t-il.
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Ces résidus, même présents en très faibles quantités, constituent selon lui un sujet de préoccupation pour la santé. Le chercheur s’est particulièrement intéressé aux effets de ces substances, qu’il qualifie de xénobiotiques, sur l’organisme et notamment sur les cellules bêta du pancréas, responsables de la production d’insuline.
En effet, l’insuline joue un rôle essentiel dans la régulation du glucose dans le sang. Or, selon le mécanisme présenté par le chercheur, l’exposition à certains pesticides pourrait affecter ces cellules.
« Quand ces cellules bêta sont attaquées par les xénobiotiques, les pesticides, elles meurent. Et quand ces cellules meurent, il n’y a plus de production d’insuline », explique-t-il. Une perturbation qui peut compromettre la capacité de l’organisme à réguler le taux de sucre dans le sang et participer au développement du diabète.
Pour autant, Dr Dégbé ne préconise pas l’abandon de l’agriculture utilisant des pesticides. Il reconnaît les contraintes auxquelles sont confrontés les systèmes de production, notamment la nécessité de produire davantage pour répondre à une population croissante.
« Aujourd’hui, on ne peut pas retourner en arrière », estime-t-il. La question serait donc moins de supprimer les pesticides que de réduire les risques liés à leur utilisation.
Cela passe notamment par une meilleure réglementation, la formation des producteurs sur les doses à utiliser et le respect des délais avant la mise en marché des produits traités. Le chercheur insiste également sur la nécessité de protéger les agriculteurs eux-mêmes grâce aux équipements de protection individuelle. Parallèlement, il appelle à poursuivre la recherche sur des solutions moins toxiques.
« Aller vers les molécules de moins en moins toxiques » fait partie, selon lui, des pistes permettant de limiter les effets indésirables des pesticides tout en maintenant les capacités de production agricole.
